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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 00:00

Cela fait quarante jours qu'une boule de feu s’est installée au plus profond de mon être. L’envie de hurler contre le sort, contre les hommes, contre la barbarie, ne me quitte plus mais en même temps, n’arrive pas à sortir. Je suis comme engourdis par le chagrin.

"Ici repose BELGHEZLI Achour, Né  le 25 8 56, dcd le 17-2-96." C’est l’épitaphe inscrite, dans ce français bien de chez nous, à jamais sur ta tombe.

Nous venons commémorer le quarantième jour de ta mort.

Lorsque nous arrivons, le travail était quasiment terminé. Le village s’était levé très tôt pour finir de construire ta dernière demeure. Par affinité, les hommes se répartissent en petits groupes et discutent à voix basse. La plupart t'avaient connu et chacun se fait un devoir d'évoquer un moment  avec toi qui l'avait particulièrement marqué,  un trait de ton caractère qui en impose à tous, un fait anodin qui, désormais, revêt pour nous une grande importance. Dans les mots, dans les gestes et les regards, se lit une douleur digne et une sourde révolte contre la malédiction absurde portée par l'intégrisme. A une centaine de mètre, sur un des talus qui domine le cimetière, ta femme, ta mère, ta soeur et d'autres femmes et enfants.

Un vieil oncle se place à la sortie du cimetière pour retenir les gens jusqu’à l’arrivée du repas. Car, comme le veut la coutume kabyle, nous déjeunerons ce jour chez toi. C’est l’offrande qui devra, aux yeux de tous, purifier  ton âme des pêchés de la vie.  Je mange avec Mokrane C. Et nous parlons du passé.

Nous sommes au sommet d’une des multiples collines des Ait -Aissi  qui surplombent la plaine du Sébaou. A l’est le regard se perd au loin vers Azazga et la forêt de l’Akfadou. A l’ouest nous dominons Tizi, étincelante de blancheur, encaissée dans les flancs du mont  Sidi Béloua. Au Nord, prolongeant le Béloua, les monts des Ait-Djenad nous empêchent de voir la mer. Au Sud, la Kabylie s’étale en une multitude de cols escarpés et  de ravins profonds.

Au sommet de la plupart des collines, les habitations, agglutinées en villages, forment de longs chapelets. La couleur rouge des tuiles, contraste avec  la couleur ciment des murs. Dans les champs, les variations infinies du vert composent une mélodie allant du vert foncé qui confine au noir, couleur des feuillages de chaînes, au vert clair des alpages en pente.

Ça et là les fleurs jaunes des marguerites et des genêts s'étalent en taches dorées  qui brisent le monopole du vert sur les paysages printaniers. Le vert et le jaune sont les couleurs de la J.S.K.*

A l’arrière plan, c’est le Djurdjura, majestueux rochers aux cimes encore blanches de neige. Allongé, rassurant, il observe depuis des millénaires les drames qui se répètent comme une litanie.

Notre douleur et ce panorama firent remonter en nous ces paroles d’Atiok, enfant des grands fleuves africains et de la forêt tropicale Camerounaise, la première fois qu’il vit la Kabylie profonde.

 Tu te souviens d’Atiok, n’est ce pas?

Au début des années 1960, à l'âge de 17 ans, il avait fuit la barbarie qui s’était abattue sur son village natal. En conséquence des conflits politico-ethniques, des hommes étaient décapités et leurs têtes, enfoncées dans des pics, étaient exposées sur la place publique. Après de longues années passées en Europe, il vint en Algérie y apporter les lumières de la science et se rapprocher de l’Afrique tant aimée.

Quand Atiok nous racontait ces drames, jamais nous ne pensions que de telles horreurs pouvaient un jour survenir dans notre pays. Comme si ce XXeme  siècle, remplit de tant d'espoirs et d'immenses souffrances voulait ne point finir sans encore une dernière fois, nous labourer les coeurs.

Atiok avait dit une fois, devant le paysage tourmenté par ce foisonnement de collines, de crêtes enfoncées dans le ciel et de ravins profonds qui vous donnent le vertige:  "-Les Dieux devaient être bien en colère lorsqu’ils créèrent la Kabylie!"

Et comment ne le seraient-ils pas, sachant qu’ils allaient être les témoins impuissants de tant de sauvagerie humaine?   

Oui, les Dieux ont le devoir de se mettre en colère contre ces zombies sans foi ni loi qui ne savent que tuer. Oui, nous avons le droit d’être en colère contre les Dieux pour avoir donné vie à de tels monstres à visage humain.

Cela fait quarante jours qu'une boule de feu s’est installée au plus profond de notre être. L’envie de hurler contre le sort, contre les hommes, contre la barbarie, ne nous quitte jamais mais en même temps, n’arrive pas à sortir. Nous sommes comme engourdis par le chagrin. Mais, aujourd’hui, en déjeunant sur ta tombe, nous avons fini ton deuil. La vie, malgré tout, doit continuer son oeuvre.

Nous te laissons loin du village et des villes, loin des hommes et de leur tumulte, dans le silence de ta nouvelle demeure.  Nous te laissons tout en haut de ce magnifique panorama, au milieu des senteurs du maquis, à l'orée des genêts aux fleurs jaune éclatant, si proche du ciel et des Dieux de nos ancêtres.

Nous te laissons seul, à  la merci des vents glacés, du soleil torride,  du froid, de la neige et de la pluie.

Issu d’une des familles les plus pauvres du village Agmoun des Ait-Aissi, ton enfance ne fut pas des plus heureuses. Tu la passas à errer entre l’école et les champs du village.

L’école était située sur un des cols surplombant le douar, à plusieurs kilomètres du domicile familial. Faiblement vêtu, le ventre creux, tu faisais le trajet quatre fois par jour, sans vraiment savoir pourquoi. L’hiver était particulièrement rugueux chez les Ait-Aissi et la chaleur étouffante de l’été était souvent des plus insupportables. Ployant sous le poids des fournées de "coopérants" venus du Moyen Orient pour nous arabiser, l’école  devenait de plus en plus insipide.

Qu’il vente ou qu’il pleuve, qu’il fasse trop chaud ou trop froid, chaque jour les chèvres et les moutons doivent sortir brouter l’herbe nourricière. Le long des sentiers boueux où s’enfonçaient vos pieds, au travers des buissons de ronces qui vous griffaient le corps, sous la rosée du matin qui vous faisait frissonner, il fallait suivre les bêtes. Eviter que les petits ne se fassent dévorer par le chacal, que les grands n’aillent paître dans les champs de tel voisin particulièrement méchant. Les figues dans la poche, la galette emmitouflée dans un chiffon et déposée à l’abris sur un arbre, c'était là l’essentiel de la provision journalière du berger.

Oui la vie au village n’était pas une sinécure et, contrairement à beaucoup d'intellectuels kabyles, Moh Achour en garda un souvenir désagréable. Plus tard, bien plus tard, quand quelqu’un se mettait à vanter les vertus et les traditions kabyles, il souriait doucement pour marquer son scepticisme. Moh Achour n’aimait pas  blesser les autres en les contrariant.

A sa mort, ton père laissa une famille nombreuse et sans ressources. Votre situation sociale déjà très difficile, s’était très vite dégradée. Tu étais l’aîné de la maison, il te fallait faire quelque chose pour subvenir aux besoins de ta pauvre mère souvent malade, de tes frères et de ta soeur.  Les portes de l’école  se fermèrent devant un enfant pourtant doté d’une mémoire largement au-dessus de la moyenne. Tu n’avais pas dépassé le niveau du primaire.

Ton premier boulot: Garçon de café à Tizi-ouzou. Plusieurs années durant, tu allas de café en café glaner quelques dinars pour permettre aux membres de ta famille de survivre.

Ton existence aurait pu se dérouler ainsi, dans une pauvreté sans histoire. Tu aurais pu très tôt prendre femme, avoir beaucoup d’enfants et passer le reste de ta vie à résoudre l’impossible équation de la vie quotidienne. 

Mais, tu découvris bientôt en toi un talent caché qui bouleversa ton destin: tu avais la magie de la percussion. Ce don de la nature t’aura aidé à négocier un  tournant essentiel dans la vie. Il te permettra de t’élever au-dessus de ta condition sociale et  de pénétrer dans le monde des artistes, particulièrement des chanteurs. Dans ce monde qui chemine au carrefour du réel et du rêve, ton esprit, avide de culture,  s'épanouira bien vite grâce à ta sensibilité extrême.

Lounes Matoub qui fut et qui resta un de tes grands amis, Aît Menguelet, Kheloui Lounes et tant d’autres se souviennent de toi. Ils se souviennent des talents du percussionniste qui accompagna leurs premiers pas dans le monde de la chanson. Tu devins, Moh Achour le "Drebki".*

Chaque été, tu formais un groupe de musique qui sillonnait les Kabylies pour animer les soirées de mariage ou de circoncision. Les nuits chaudes de l’été, par des clairs de lune lumineux, tu apportais la joie de vivre à des villages entiers. Tu faisais  même des incursions dans l’Algérois où tu rencontrais des hommes différents, d’une autre culture musicale, mais qui partageaient avec toi le même amour pour tout ce qui était beau.

Comme une fleur qui s’épanouissaient la saison des amours, tu t’ouvrais progressivement au monde extérieur et rangeais au placard les souliers archaïques du villageois kabyle.

Ce fut dans ce nouveau milieu, pour lequel les choses de l’esprit étaient autant sinon plus importantes que les choses matérielles,  que tu découvris le problème de notre identité interdite.

Imaginez-vous, toute une génération d’enfants qui ne parlaient pratiquement pas la langue arabe et à qui l’école, la télévision, les journaux ressassaient à longueur de journée:

" Vous êtes arabes, vous êtes arabes..."

L'Histoire qui leur était enseignée était celle de la Péninsule arabique;  il leur était interdit de prononcer le nom de Jughurtha, de Massinissa ou de tout autre héros national qui ne soit pas de culture et de langue arabe.

Nous étions passés, sans transition de "Nos ancêtres les Gaulois..." à "Nos ancêtres les Koreiches* ..."

Des écoliers étaient jetés en prison, torturés par la sécurité militaire pour avoir écrit sur les tables de classe telle ou telle lettre en Tifinagh, l’alphabet berbère primitif.

Alors que leur langue maternelle était interdite par les autorités, l'Histoire de leur nation dénaturée pour l’adapter aux canons d’une idéologie arabo-islamique dont ils se sentaient de plus en plus éloignés, ces enfants étaient contraints, à l’école, d’apprendre une langue censée être la Langue Nationale. C’était l’Arabe classique.

Contrairement à ce que prétend l'idéologie officielle, l'arabe classique est une langue qui nous est étrangère. Dans aucune des régions de l’immense Maghreb, les gens ne l'utilisent pour communiquer. L’arabe Maghrébin ou "populaire" est en effet une langue différente de l’arabe classique. L’exclusion est encore beaucoup plus manifeste pour ceux, et ils sont des dizaines de millions,  dont la langue maternelle est le Tamazight (Berbère).

Cette "langue nationale" qui ne permet pas de communiquer, ne permet également pas d’accéder à la science et à la technologie modernes, ces instruments sans lesquels tout espoir de progrès pour les populations ne peut être que voeux pieux. Depuis trop longtemps déjà la voix de la science avait recours à des langues portées par des sociétés beaucoup plus dynamiques.

L’arabe classique présente "un retard" dans le domaine de la communication scientifique tel qu’il est vain de poser le problème de notre identité en terme de concurrence linguistique (remplacer le français par l'arabe classique). A moins d’avoir comme dessein véritable, le suicide collectif.

Finalement, cette "langue nationale" qui nous est imposée ne sert véritablement que pour déclamer les discours politiques, les poèmes d’amour ou les textes religieux. La fonction d’une langue est autrement plus riche.

La seule raison d’être de la politique d’"arabisation" qui  coûta tant à l’Algérie était de satisfaire les fantasmes (et les ambitions de domination) d’une élite islamo-baathiste, aussi éloignée des intérêts des gens qu’elle l’est de leurs langues maternelles. Son coût le plus important n’est d'ailleurs pas dans les milliards de dollars engloutis par une école qui ne permet même pas de parler ou de compter correctement. Il est dans le fait d’empêcher des générations d’algériens de boire à la source de la culture universelle et donc d’accéder aux instruments conceptuels leur permettant d’assumer activement leur destin.[1]

La révolte contre tant d’hypocrisie couvait depuis  longtemps déjà.  En ses années soixante dix, quand tu faisais tes premiers pas dans l’action culturelle, elle s’était faite impérative, massive et inéluctable.

La chanson était en même temps action politique. Pour les hommes et les femmes du monde artistique encore plus que pour les autres, la vie se conjuguait avec la lutte collective.

Comme pour beaucoup d’entre nous, ta révolte fut une synthèse, d’un niveau culturel rudimentaire, de toutes les privations, de toutes les frustrations dont avaient souffert les "nouvelles générations", celles qui avaient grandi à l’ombre du drapeau national.

Le 20 avril 1980 demeurera, à plus d’un titre, un tournant important dans l'Histoire de l'Algérie contemporaine.

Suite à l’interdiction d’une conférence sur "La poésie kabyle ancienne", que devait donner le défunt Mouloud Mammeri à l’université de Tizi-ouzou, début mars 1980, un mouvement de protestation d’abord universitaire, puis se généralisant à toute la région de Kabylie et à l’Algérois se déclencha spontanément. Ses revendications essentielles étaient : Reconnaissance de la composante Amazigh (Berbère) de l’identité algérienne et de l’Arabe algérien ; reconnaissance des libertés démocratiques; justice sociale.

Après plus d’un mois de manifestations populaires, de grèves, d’occupation de locaux...Les autorités  décidèrent de donner l’assaut à l’université de Tizi-ouzou et aux principaux foyers de  "l’agitation" dans la région, pour mettre fin à la révolte qui gagnait chaque jour de nouvelles sympathies.

Ce que peu de gens connaissent aujourd’hui, c’est que toi, Moh Achour,  aux côtés d’une poignée de tes camarades, tu étais à l’origine de tout ce mouvement. Vous étiez l’étincelle qui donna le feu à la prairie.

Il ne s’agit pas ici, de réduire à la dimension d’un homme ou d’un groupe politique, un mouvement dont la force et la richesse essentielles étaient précisément dans la diversité des courants politiques qui y prirent part. Il s’agit simplement de rappeler aux héros auto-proclamés, qu’on ne triche pas avec l’Histoire.

Lorsque les C.N.S.* prirent d’assaut l’université de Tizi-ouzou, le 20 avril à l’aube, un épais brouillard empêchait de voir à plus de quelques mètres de distance. 

Ils donnèrent libre cours à la sauvagerie. Des centaines d’étudiants, de travailleurs et de chômeurs furent "passés à tabac". Ces "défenseurs de la culture" furent, la plupart à demi-nus, traînés dans la boue, battus, humiliés par une meute de brutes armées et cagoulées dont le métier était le combat de rue et le combat tout court.

Notre crime commun était d’avoir, de manière on ne peut plus pacifique, mis en cause les fondements de la dictature installée par le néo-FLN au nom du "socialisme spécifique arabo-islamique".

Tu fus interpellé. Tu fus torturé, écroué et finalement jeté dans la sinistre prison de Berrouaghia, avec 23 autres militants. Le pouvoir croyait ainsi étouffer dans l’oeuf l’expression d’un besoin profondément ancré dans l’ensemble de la population du pays et particulièrement de la région. Il s’était lourdement trompé. Pour vous la Kabylie s’était mobilisée et avait brisé le silence que des dizaines d’années de répression avaient imposé aux populations d’Algérie.

Des quatre coins du pays une grande clameur exprima au pouvoir sa réprobation. Les démocrates et progressistes du monde entier découvraient l'injustice et n'hésitèrent point à tendre leur main fraternelle.

La mobilisation populaire fut payante et tu recouvrais la liberté dans les mois qui suivirent.

Un tabou venait d’être brisé.

Une fois la vague de turbulence passée, chacun retrouva sa fonction. Mais toi, tu ne voulus point redevenir un garçon de café. En prison tu avais fait ta mue. Tu inscriras désormais ta vie dans le combat collectif pour une Algérie plus authentique et solidaire, plus ouverte et plus tolérante.

Tu étais avec ceux qui voulaient chanter une ode à la vie. Dans les fêtes et les meeting, dans les chambres d’étudiants, dans les campements d’été, tu apportais la joie de vivre et la soif du progrès.

Tu étais avec ceux qui organisaient un combat: combat pour Tamazight, combat des travailleurs, combat des femmes; tu répondais toujours présent à ceux qui sollicitaient ton sens de la solidarité.

Tu étais au coeur des débats militants. Tu y apportais la richesse de la réalité vécue, la passion des gens qui croient aux principes, la pondération de celui qui revenait de loin.

Tu étais toujours là, pour rendre service, donner un conseil ou entretenir un débat sur le sens de notre existence. Les gens ne se lassaient pas de ta discussion. Tu accompagnais le mouvement pour le progrès et le mouvement accompagnait ta marche forcée vers l’accomplissement.

Tes lectures, tes fréquentations, ta participation aux actions militantes, ta mémoire phénoménale firent de toi, quasiment un autre homme. Tu devins cet autodidacte qui, en l’espace de quelques années, passa du statut de quasi analphabète à celui d’intellectuel respecté.

Tes références les plus importantes furent KATEB Yacine et notre "Guerre de deux mille ans", dont tu deviens martyr;  Cheikh IMAM chanteur aveugle de l’Egypte "mère du monde"qui éclaire par ses mots les chemins du progrès; Victor Jara chanteur militant du Chili torturé; Nazim HIKMET, fils de la grande Turquie, barde des douleurs d’être et de la volonté de changer dans les pays de l’Islam.

Ton premier fils, tu le prénommas Nazim.

Le poète avait dit :

"-Si je ne brûle pas,

Si tu ne brûles pas,

Si nous ne brûlons pas,

Comment les ténèbres deviendront elles un jour clarté?"

Avec l'avènement de la liberté de la presse, tu accompagnas l'hebdomadaire « Le Pays » dans sa brève et tumultueuse existence. Puis tu t’installas avec d’autres camarades à ton propre compte. Vous aviez décidé de créer une agence de service et de publicité.

Bon sang ne saurait mentir. Bientôt votre siège devint le point de chute de beaucoup parmi ceux qui veulent changer les choses à Tizi-ouzou.

La mise en place d’un cadre permettant une fragile vie culturelle publique dans cette ville avait demandé plus  de dix ans d’efforts prodigués par des courants et des institutions très divers, qu’unissait malgré tout leur rêve de progrès et de démocratie.  Ce cadre ne résista pas à la généralisation de la terreur islamiste. Une chape de plomb s’abattait  sur la culture de l’esprit.

Vos locaux devinrent spontanément un havre de paix, un lieu où l’on retrouvait un visage familier, une discussion enrichissante, l’information sur le drame qui frappait la nation.

Mais pour les islamistes, vos bureaux étaient le "quartier général de l’état-major communiste" à Tizi-ouzou.  Autant dire que vous et tous ceux qui vous approchaient n’étaient que de la vermine à exterminer.

Tu te savais menacé et, comme la plupart d’entre-nous tu demandas une arme aux autorités légalement chargées de la sécurité des citoyens. Puisqu'elles ne pouvaient t'assurer la protection à laquelle tu avais droit en tant que journaliste progressiste, n'est-il pas normal qu'elles te fournissent au moins ce moyen personnel de pouvoir te défendre?

Ta hantise était de mourir égorgé.

Comme pour les autres camarades, ta demande ne connut pas de suite.

Au coeur de la "Ville Nouvelle" de Tizi-ouzou, à quelques mètres de l’université où tu eus tant d’amis, des rafales d’armes automatiques imposaient leur bruit à toute la cité.

Mais la police, paraît-il, n’avait rien entendu.

Les voisins se barricadèrent chez eux et bouchèrent leurs oreilles: Ni vu, ni connu.

En plein jour (il était dix heures du matin passées) un groupe de terroristes islamistes attaquaient vos locaux et tiraient sur tous ceux qui s’y trouvaient.

Ils pensaient neutraliser un groupe important de « soldats de Satan ». Il n’y avait que toi et cette pauvre jeune fille qui passait par hasard.

Le commando islamiste se "replia" sans avoir rencontré la moindre résistance. Plus de trois quarts d'heures après, un de tes associés arriva aux bureaux et découvrit l’horreur.

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* Jeunesse Sportive de Kabylie: l’équipe de football star de la Kabylie.

* Joueur de Derbouka.

* Du nom de la célèbre tribu d’Arabie dont est issu le Prophète Mohamed.

[1]Une des ruptures indispensables que l’Algérie semble encore incapable de réaliser est le dépassement de la vision mythique du phénomène linguistique au profit d’une approche plus fonctionnelle.

*Compagnie Nationale de Sécurité: Equivalent des C.R.S. en France.

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