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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 13:40

Il était 13 heures passées en ce 28 janvier 1997. Abdelhak Benhamouda sortait de la Maison du Peuple, siège central de l'Union Générale des Travailleurs Algériens dont il était le Secrétaire général. Portant cartables pour ressembler à des étudiants, un commando islamiste vint à lui. Plusieurs rafales de mitraillettes infligèrent l’espace d’un instant leur furie au brouhaha de la ville. Mortellement atteint, le leader charismatique de l'U.G.T.A, avant de succomber, laissa échapper ces paroles dont la charge explosive hante encore nos esprits : " Kamel mon frère, ILS nous ont trahi!". Au cœur d’Alger, en plein jour, sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré contre lui, le commando islamiste se replia et disparut dans les dédales populeux de Belcourt. Cet attentat n’était pas le premier. En 1993 déjà, l'ancien professeur des enseignements de Constantine, sa femme et ses enfants avaient, de justesse, échappé à une tentative d’assassinat. L'année suivante, il perdait plusieurs membres de sa famille, également tués par les fanatiques religieux. Et voilà que, sur l'esplanade de la place du Premier mai, les intégristes, ces assassins de Dieu, parvenaient à éliminer celui qui fit probablement le plus pour contrecarrer leurs plans de prise du pouvoir en Algérie. Les Algériens, les travailleurs, ne reverront plus la silhouette dégingandée de Abd-el-hak, l’homme de «justice et vérité ». Ils ne s’esclaferont plus devant ses prises de position non conformistes, ne pourront plus compter sur celui qui exprimait leurs frustrations et incarnait leurs espoirs, ne savoureront plus sa maîtrise inégalée du verbe en Maghrébin. Dans la semaine qui suivit, la cellule locale d’un groupe islamiste spécialisé dans le meurtre des intellectuels et progressistes (son chef, bénéficiant des lois d’amnistie, vit à Médéa) était démantelée par la sécurité nationale. Elle avait son repaire à deux pas du siège de l'U.G.T.A. Un de ses membres fut présenté à la télévision pour réciter d'une voix laconique comment ils avaient préparé leur horrible forfait. Ce terroriste décéda quelques jours plus tard, en prison, dans des circonstances encore obscures. S'il n’y a aucun doute possible quant à l’implication directe des islamistes dans la mort du leader des travailleurs, plusieurs thèses continuent de circuler quant à l'identité de ceux "à qui avait profité le crime." La facilité avec laquelle les tueurs commirent leur forfait en un lieu de la capitale réputé stratégique, contre une personnalité dont toutes les autorités savaient qu’elle était une cible privilégiée, alimentèrent les spéculations et les hypothèses. Et surtout, les paroles que prononça Benhamouda avant de rendre l'âme désignait la complexité du problème : " -Kamel mon frère, ILS nous ont trahi!". On avança que l'élimination de Benhamouda était une péripétie dans la guerre de l'ombre que se livraient les factions à l'intérieur du Pouvoir. Ce dernier se préparait à créer un nouveau Parti, le Rassemblement National et Démocratique qui deviendra bien vite le second Parti sur la scène algérienne. Benhamouda devait en prendre la direction, mais son attachement à une orientation démocratique et sociale de l'action de l'État n'arrangeait pas ses partenaires. En tout cas, Benhamouda vivant, la ligne du R.N.D et donc du Pouvoir aurait été autre que celle qui sera suivie par ses successeurs. De fait, en réitérant à chaque fois que l'occasion lui en était donnée sa demande d'une commission d'enquête sur la brûlante question du détournement des fonds publics, le chef de l'U.G.T.A avait gagné la sympathie des citoyens, mais devenait la cible des maffias politico-financières qui se disputaient et se disputent encore les lambeaux de l'Algérie. Hostile à la libéralisation sauvage de l'économie, le leader syndical contrecarrait les appétits de toute une faune de parasites qui s'appuyaient sur les réseaux clientélistes doublant les structures de l'État pour s'accaparer les rentes. Sa liquidation levait une sérieuse hypothèque sur la tête des voleurs de deniers publics et supprimait un frein à la mise en œuvre des orientations du F.M.I. Personne ne semblait désormais pouvoir arrêter le bulldozer du libéralisme sauvage. Même ceux de ses collègues « syndicalistes » et personnalités démocrates qui l'encensaient en public, passaient leur temps à le démolir en coulisses. Le point de vue de ces messieurs est que l'U.G.T.A ne devrait pas "faire de la politique". Au moment où les luttes pour la reconfiguration du lien social et notamment du rapport salarial atteignaient leur paroxysme et révélaient leur nature systémique, ils demandaient à l'U.G.T.A de se cantonner dans la gestion des effets de choix politiques désastreux pour les salariés et le pays! La mort de Benhamouda a eu pour conséquence immédiate un infléchissement de la ligne de la centrale syndicale vers plus de "neutralité" politique. Prise en main par des « faillots » au passé plus que douteux, l’organisation syndical devenait désormais un animal docile obéissant au doigt et à l’œil à la voix de son maître. Pourtant, encore aujourd’hui le spectre de Benhamouda continue de hanter les couloirs de la Maison du Peuple. Il observe les nouveaux dirigeants du syndicat s’enfoncer chaque jour un peu plus dans la veulerie. Avec leur complicité, le démantèlement du secteur public n’a respecté ni les lois du pays ni les accords passés entre le gouvernement et la Centrale des travailleurs. Les lamentations publiques de ces syndicalistes indignes cachent mal leur compromission et rend encore plus actuelles la posture et l'action de Benhamouda. Aujourd’hui plus que jamais, les travailleurs et l'équilibre de la société algérienne ont besoin d'un syndicat des salariés puissant et indépendant ; par son attachement aux principes, par sa perspicacité à saisir le nouveau dans le contexte historique, par sa capacité hors pair d'entraînement des travailleurs, Benhamouda Abdelhak, tué d’avoir aimé l’Algérie, constitue une référence indélébile pour les travailleurs algériens et tous les patriotes de ce pays. Ramdane HAKEM

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