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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 12:52

La scène politique algérienne revit en ces débuts 2011. A l'origine de l'effervescence, il y a, au plan interne, l'embrasement du pays en janvier contre la vie chère; soit donc une demande sociale exprimée avec éclat. Les  émeutes  populaires ont ensuite été relayées par des tentatives  de manifester à Alger, à l' initiative d' acteurs se réclamant de la modernité et de la démocratie. La manifestation du 12 février 2011 en particulier exigeait" la levée de l’état d’urgence, l’ouverture du champ politique et médiatique et la libération des personnes arrêtées pour des raisons de manifestations  ou de délits d’opinion".  Les  questions de libertés politiques  et de changement de régime sont posées : il est possible que nous soyons à l'orée de bouleversements importants, à l'instar de la Tunisie et de l'Egypte. 

 

A ce propos, l’on ne peut qu'applaudir  à la chûte de Ben Ali et Moubarak. Le sens et la portée des changements  dans l'un comme dans l'autre de ces deux pays ne sont toutefois, loin s'en faut, pas encore fixés. D'aucuns  considèrent même que les grands Etats occidentaux, les USA, l'Angleterre et la France en particulier, tuteurs de presque tous les régimes corrompus du monde arabe, sont à la commande, tentent de contrôler le processus de changement (qui leur échappe heureusement en partie) en imposant un "nouveau" régime sauvegardant leurs intérêts. Des intérêts que résume leur  mainmise durable sur les conditions d'exploitation des ressources en hydrocarbure, l'énergie vitale de la machine industrielle mondiale. 

 

Suffisamment particulier, le contexte algérien invite non pas à plus de prudence, mais à plus de perspicacité politique. Pouvons nous  oublier que le "processus démocratique" engagé après le soulèvement populaire d'octobre 1988 (plus de 400 morts) a accompagné, avec la bénéniction des chancelleries occidentales, une régression économique, sociale et politique dramatique qui a débouché sur les horreurs de la décennie de sang (plus de 200 000 morts, des millions des déplacés….)? 

 

De fait, les  demandes  de la protestation populaire qui enfle en Algérie constituent un enjeu crucial, à la fois pour les mobilisations  en  cours et pour les issues à venir. L'on comprend que le collectif,  en France, "de soutien à la lutte en Algérie pour le changement et la démocratie", n'a pas fait que reprendre les revendications de la Coordination d'Alger. Il y ajoute non seulement "le changement et la démocratie", mais également  "le travail et la justice sociale" et "une Algérie démocratique et sociale". Par ailleurs, des acteurs attachés à la langue amazigh s'étonnent dans la presse qu'elle ne figure pas  dans les revendications posées. Ne serait-ce que par la présence d'Ali Benhadj à la manifestation du 12 février, ou encore pour rendre possible l'égalité en droit des femmes et des hommes, le débat sur la  place de la religion dans la vie publique est incontournable. Par ailleurs, nombre d'intellectuels ont mis le doigt sur le caractère central du modèle de développement économique et les défis de l'après pétrole, tandis  que la corruption apparaît comme une plaie mortelle pour le lien social. Un lien qui ne peut s'accomoder des multiples exclusions dont sont vicitimes des millions d'Algériens : exclus du travail, de l'éducation, du logement, de la santé, des  loisirs….

 

Nous entendons bien le soucis d'"efficacité politique" animant  les acteurs qui focalisent sur les seuls revendications pouvant unir toute l'opposition; il reste que pour "changer le système" les démocrates  algériens ne peuvent se suffire de "Bouteflika barra!". Ils se doivent de proposer un substitut aux compromis prédateurs qui fondent la cohésion sociale depuis l'indépendance. Un tel projet, pour être viable doit s'appuyer sur autre chose qu’une nouvelle redistribution de la rente pétrolière visant à satisfaire la demande sociale :il doit réaliser  la mobilisation démocratique de l'ensemble de la société dans la production et la redistributionéquitable des richesses. Une mobilisation impensable dans le cadre de l'Etat actuel, hypercentralisé, clanique et parasitaire.

 

Car l'ouverture du champ politique qui s'annonce ne  sera pas un dîner de gala. Elle offrira, non seulement aux démocrates, mais également  à des acteurs aujourd'hui encore à l'affut, l'occasion d'avancer leurs prétentions. Croire que les dizaines de milliers  de terroristes armés,  repentis  ou non, et leurs alliés  ne vont pas peser dans l'échiquier politique, ou que l'enchevêtrement de féodalités locales au sein du FLN-RND disparaîtra spontanément, relève d'une naïveté politique  inadmissible.

 

Pour donner ses chances à l'Algérie, et contrairement à leur comportement irresponsable après octobre 1988, quand les ambitions personnelles et de chapelles avaient obscurci l'horizon politique, les patriotes algériens acquis à l'idéal démocratique doivent se mettre, ensemble, en ordre de bataille. Leur  mission historique est de redonner vie à la promesse du 1er novembre 1954. Disons le clairement : ce qu'a fait la génération de novembre nous engage; encore aujourd'hui, il s'agit d'édifier une Algérie démocratique et sociale respectueuse des valeurs actualisées de l'islam.Dépassantles ambitions personnelles et  les visions d'appareils, tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs modernes démocratiques et sociales du mouvement national doivent se constituer en pôle autonome dont la vocation est de rassembler la famille qui avance. Toute la famille, dans le respect de l’autonomie de chacun. Il y va de l'avenir de l'Algérie.

 

Forts de leur union, de leur enracinement social et historique, les démocrates algériens seront à l'aise pour proposer un SMIG démocratique aux autres forces politiques : liberté de conscience et d'opinion, élections au suffrage universel, refus de la violence et respect de la loi.

Un nouveau compromis national est donc à l’ordre du jour, l'armée algérienne pourrait en garantir l'effectivité.  Tout comme  les  autres armées du monde, l'ANP est avant tout soucieuse de la pérennité de la nation.  Cette exigence l'a conduite un temps, longtemps, à soutenir un régime miné par le clientélisme et la corruption.  Aujourd'hui, les  démocrates ont tout intérêt à lui proposer une nouvelle façon, durable, de réaliser la pérennité de la nation.

 

Ramdane HAKEM

 

 

 

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Algérie en Questions - dans Algérie en projet
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