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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 09:30

Il est souvent question de Nedjma, le chef-d’œuvre de Yacine Kateb, mais peu d’Algériens auront vraîment lu ce roman publié aux Editions du Seuil en 1956. Nous proposons les notes qui suivent pour inciter nos jeunes (et moins jeunes) à entrer dans ce texte exceptionnel.

Nedjma n’est pas, en effet, un roman comme les autres. La cohérence globale du récit n’est pas donnée de prime abord ; sa complexité n’est d’ailleurs pas le résultat d’un artifice littéraire savamment élaboré. Nedjma ne déroule pas une histoire dont il s’agira de trouver le fil d’ariane,  c’est une fresque au sens pictural, composée à partir de différents motifs, de plusieurs tableaux. Elle nous conte la geste des Keblout, une tribu installée sur les monts du Nadhor, dans la région de Guelma. Les descendants de l’ancêtre éponyme refusèrent de se soumettre à la France après 1830, et furent arbitrairement et violemment réprimés puis dispersés. Trois personnages de la génération suivante, qui vécurent dans la dissolution, s’entre-tuèrent pour une femme venue de l’autre côté  de la Méditerranée. En réchappa Si Mokhtar, père supputé de Nedjma dont la Marseillaise est la mère.

Les derniers représentants de la longue lignée, contemporains de la seconde guerre mondiale, héritèrent de la déperdition, mais aussi de l’esprit de résistance et de révolte. Et pendant que le culte de l’ancêtre farouche les unissait par la trique, le désir amoureux les portait à transgresser les règles et à se déchirer pour Nedjma.

Ramdane HAKEM

1 Vie des 4 compagnons au chantier. Lakhdar frappe M.Ernest. Mourad tue M.Ricard.

1.1 Lakhdar s'est échappé de sa cellule. Ils entrent dans le plus piteux des cafés maures. En sortant du café maure, ils heurtent un ivrogne. A six heures, ils partent pour le chantier, sans Lakhdar. A onze heures, arrive la fille.  - Accompagne ma fille à la maison.

1.2 A sept heures, M. Ricard se met au volant de son car de trente-trois places. Aux portes de Bône, M. Ricard . A deux bornes de la ville, il a failli capoter. «Cette salope croit que je suis pas capable de trouver une femme.

1.3 Il relève sa casquette, cloué à la table dans un étroit malaise,. Par le portail délabré, elle voit le maître se lever de table. M. Ricard va droit au Modern'Bar, où il n'a pas mis les pieds depuis. M. Ernest est seul dans la salle. On prend un verre ?

1.4 M. Ricard quitte son lit vers cinq heures. Près du lavoir, elle aperçoit Mourad

1.5 Suzy en robe du dimanche. « Pas besoin de soutien gorge. Puis, Mourad paraît au tournant. J'ai failli l'avoir, dit Mourad.

1.6 La chambre qu'occupent Mourad et Rachid. Un gardien de nuit, le fusil dressé vers le ciel. Le Barbu se félicite de ne l'avoir pas salué.

1.7 Le mariage de M. Ricard a été célébré dans la plus stricte intimité. le gendarme qui enferma Mourad avait envie de l'embrasser

1.8 Lakhdar refuse de reprendre sa place au chantier. Je vais voir un peu la fête, dit Mourad. Arrive le Barbu. Vous ne savez pas?...Que d'histoires! D'abord la bagarre, l'arrestation, l'évasion de Lakhdar. Et Mourad maintenant. Nous n'avons plus qu'à partir. dit Mustapha.. Ah? Lakhdar vient de bondir. Donne ce couteau. Il est à moi. Inutile de déboucher la bouteille. La bougie va s'éteindre. Vers la fin de la nuit, les trois manoeuvres quittent la chambrée. Les trois manoeuvres marchent vers le douar d'un commun accord. Il y a, pas loin d'ici, une maison abandonnée. Au lever du soleil, ils dévalent les mauvais sentiers de la forêt. Ils ne se parlent pas. Les deux ombres se dissipent sur la route.

2 Rachid à Constantine jette un caillou à un automobiliste. Arrêté. Il retrouve Mourad en prison et le poignarde.

2.1 Longtemps que je suis sans travail. Rachid se jette sur le parapet, soulève une pierre à tâtons... Le choc du projectile. L'automobiliste descend. Tenez, monsieur, le voilà, prenez-le dans son drap, comme un fils de chien, et attention, il a la rage. Avant de s'asseoir, Rachid distingue un prisonnier élégant, endormi au fond de la cellule. Entre le commissaire de police. Tu peux prendre tes affaires, dit enfin le commissaire, sans regarder Rachid. Paraît que tu es déserteur?

2.2 La nuit, râle Mourad, la nuit qui revient. Le Constantinois. Le jeune. Le petit. Celui qui vient d'arriver. Les bagnards chantent dans la cour. Voilà l'histoire : Mourad, le blessé, dit que c'est son couteau. Me voilà dans les murs de Lambèse. Je sais maintenant qui est Rachid. L'ami qui me rejoint au bagne, pour me blesser avec mon propre couteau

3 Interpellé pour avoir tapé M.Ernest, Lakhdar évoque son arrestation du 8 mai 1945. Libéré il prend le train pour Bône retrouver des parents.

3.1 Lakhdar frappe M.Ernest

3.1.1 M. Ernest attend devant un tas de pierres amoncelées. Y a qu'à faire ce que je dis. Vous travaillez dix heures. Je suis allé voir deux grands avocats de Constantine. Ernest est contremaître du même chantier, pour le même patron, depuis dix ans. M. Ernest s'approche à pas de loup. Alors, qu'est-ce qu'on raconte? Mais pourquoi vous taisez-vous quand j'arrive ? Alors je suis un imbécile ? Loin de là, susurre Lakhdar. M. Ernest frappe Lakhdar à la tête, avec le mètre qu'il a en main.

3.1.2 Voici Suzy; elle vient par la carrière

3.1.3 Il n'est pas content, celui-là ! crie-t-elle soudain

3.1.4 Lakhdar fait un tour sur lui-même, prend le contremaître à la gorge, et, d'un coup de tête, lui ouvre l'arcade sourcilière

3.1.5 Les gendarmes. Lakhdar les a vus. Il reste immobile.

3.1.6 Le gendarme emmène Lakhdar.

3.1.7 L'équipe en fuite s'est arrêtée devant la tranchée, Mustapha, Mourad et Rachid au premier rang; ils ne soufflent mot, ne font aucun signe en direction de Lakhdar

3.2 Lakhdar évoque sa participation et son arrestation du 8 mai 1945

3.2.1 Lakhdar y retrouve l'atmosphère, perdue dans sa mémoire, de la première arrestation

3.2.2 Le 8 mai, je suis parti à pied. Quel besoin de partir ? J'étais d'abord revenu au collège, après la manifestation,

3.2.3 Il n'y avait plus d'Arabes dans le dortoir

3.2.4 Forcer la case de Mustapha

3.2.5 Un vrai mouton, bondissait dans la remise

3.2.6 Fallait pas partir. Si j'étais resté au collège, ils ne m'auraient pas arrêté. Je serais encore étudiant, pas manoeuvre, et je ne serais pas enfermé une seconde fois

3.2.7 Ouf, dit le garçon boulanger, j'ai quitté ma mère ce matin

3.2.8 Nos frères de Sétif se sont levés.

3.2.9 Ils étaient maintenant dix-neuf dans la salle.

3.2.10 Allons, parle. Tu es jeune. Tu seras libéré.

3.3 Lakhdar se évoque sa sortie prison et son voyage en train pour Bône

3.3.1 La première personne que Lakhdar rencontra fut l'un des sous-officiers qui l'avaient gardé dans les locaux de la Sûreté, un solide gars du nord de la France

3.3.2 Pour moi une église ou une mosquée, c'est du pareil au même. Je me casse pas la tête pour ça. Je suis d'un pays de prolétaires.

3.3.3 Dans ce wagon de troisième classe, une famille de campagnards s'apprête à descendre

3.3.4 Lakhdar triture sa moustache

3.3.5 Le marin tire un paquet de cigarettes. Il en offre au paysan, puis à Lakhdar.

3.3.6 Encore deux stations, et on est à Bône

3.3.7 « Pas brillant, mon costume, pour un premier voyage chez des parents riches

3.4 Nedjma, chez elle à Beauséjour, flirt à distance avec Mustapha

3.4.1 Beauséjour.

3.4.2 L'apparition s'étire, en vacillant

3.4.3 Mustapha ne se retournera plus, jusqu'au terminus

3.4.4 le commissionnaire Mustapha

3.4.5 Sa seconde nuit sous l'horloge de la gare

3.4.6 La villa Nedjma

3.4.7 Étoffe et chair fraîchement lavées, Nedjma est nue dans sa robe ; elle secoue son écrasante chevelure fauve, ouvre et referme la fenêtre;

3.4.8  Elle entend remuer la broussaille; « ce n'est pas le vent »... Les seins se dressent

3.4.9 ... Quel maladroit

3.4.10 ... Si Kamel savait que j'ai donné cent francs à un commissionnaire

3.4.11 Nedjma reste étendue, alors que sa mère, Lella Fatma

3.4.12 Nedjma répond par des grognements aux questions de Kamel ;

3.4.13 Kamel s'est marié parce que sa mère l'a voulu. Nedjma s'est mariée parce que sa mère l'a exigé

3.4.14 Une boutique  de tabac et journaux

3.4.15 Lella N'fissa proclame que son fils est de taille

3.4.16 Les deux belles-mères coexistent jusqu'au septième jour du mariage

3.4.17 Kamel transporte sa mère chez des alliés constantinois.

3.4.18 Victorieuse, Lella Fatma fait peindre la villa en vert.

3.4.19 Nedjma s'est levée tout endolorie

3.4.20 Kamel est rentré sans faire de bruit,

3.4.21 Nedjma s'enfuit au salon

3.5 Arrivée de Lakhdar à Bône

3.5.1 Mourad raconte à Rachid et Mustapha l’arrivée d'un voyageur (Lakhdar) à Bône

3.5.1.1 Aussitôt descendu, le voyageur est entouré de porteurs qu'il n'entend ni ne repousse

3.5.1.2 Pour tout bagage qu'un cahier d'écolier roulé autour d'un couteau à cran d'arrêt

3.5.1.3 C'est l'expression d'un jeune homme nommé Mourad, s'adressant à ses amis Rachid et Mustapha

3.5.1.4 Si vous voulez mon avis, je dis que c'est un étudiant chassé de quelque établissement, comme notre ami Mustapha...

3.5.1.5 Mourad, et s'assied sur un ponton... « Elle était revêtue d'une ample cagoule »

3.5.1.6 Mustapha interrompt sa rêverie

3.5.2 Le voyageur est étudiant que révolte la soumission des siens

3.5.2.1. Le voyageur est en effet un étudiant.

3.5.2.2 La tante habite à Beauséjour

3.5.2.3 Le voyageur commande une bouteille de bière

3.5.2.4 « Le recueillement et la sagesse, c'est bon pour les braves, ayant déjà livré combat. Relevez-vous! Retournez à vos postes, faites la prière sur le tas.

3.5.2.5 À peine savez-vous marcher qu'on vous retrouve agenouillés

3.5.2.6 Finalement, il aperçoit l'enseigne d'un bain maure. Il sacrifie cinquante francs

3.5.3 Rendez-vous raté de Mourad et Rachid avec Mustapha

3.5.3.1 Mourad et Rachid arrivent au rendez-vous à midi ; Mustapha est parti avec le marin canadien qui a cinquante cartouches de cigarettes à vendre

3.5.3.2 Il a dit, en s'éloignant au bras du marin, de l'attendre au rendez-vous habituel.

3.5.3.3 La demi-journée se passe; Mustapha ne revient pas.

3.5.4 Le voyageur (Lakhdar) assis sur le rebord de fenêtre chez Nedjma

3.5.4.1 Mourad évoque le voyageur.

3.5.4.2 Il était assis sur le rebord de la fenêtre, l'unique fenêtre de la chambre nuptiale

3.5.4.3 Il écrivait sur son cahier, et ne relevait que rarement la tête; Kamel voulait dire au vagabond

3.5.4.4 Nedjma ne le permit guère

4 Biographie de Mourad et de Lakhdar, fils de Sidi Ahmed. Enfance de Nedjma, leur cousine.

4.1 Naissance de Mourad et fugue de Sidi Ahmed

4.1.1 Vers la fin de 1945, Mourad va sur ses dix-huit ans; orphelin à six ans, il a été recueilli par sa tante paternelle, Lella Fatma

4.1.2 Le père de Mourad, Sidi Ahmed

4.1.3 la mère de Mourad, paysanne pauvre, nommée Zohra, rencontrée par Sidi Ahmed au cours d'une équipée dans les Aurès

4.1.4 un an après naît Mourad; fêtant la naissance, Sidi Ahmed prend le mors aux dents, s'enivre, faillit battre l'accouchée qui, à son gré, pleure trop, et il disparaît

4.1.5 qu'il vit à Tunis chez une fameuse femme

4.2 Naissance Mourad et assassinat  du père

4.2.1 Encore un an, au bout duquel Lakhdar vient au monde. La soeur aînée du fugitif, Lella Fatma, est obligée de renvoyer la mère et le nourrisson dans les Aurès, mais garde Mourad, qui ne reverra plus Zohra ; Lella Fatma reçoit bien des lettres du père de la

4.2.2 Trois hommes portant une couverture s'arrêtent devant les gamins

4.3 Nedjma enfant

4.3.1 Toute petite, Nedjma est très brune

4.3.2 Elle dissimule ses seins douloureux comme des clous, gonflés de l'amère précocité des citrons verts

4.3.3 Cendrillon au soulier brodé de fil de fer

5 Mustapha à Bône se fâche avec le marchand qui l’héberge, recueilli par Mourad, évoque Nedjma

5.1 Mustapha, à Bône, se fâche avec marchand de beignet

5.1.1 Carnet de Mustapha

5.1.2 les Bônois ont le vin mauvais

5.1.3 Mourad m'aime comme un frère; il m'offre sa chambre à Beauséjour...

5.1.4 Lui montrer (à Nedjma) que son commissionnaire d'un matin est le copain de son digne cousin Mourad

5.1.5 Mon père ne se remettra pas de son kyste au poumon

5.1.6 Ma mère a perdu la raison

5.1.7 Mon seul protecteur à Bône est un marchand de beignets ami de mon père.

5.1.8 Le marchand sait que j'ai quitté le collège à cause de la politique

5.1.9 Le marchand a un frère, qui vient d'être démobilisé

5.1.10 Ce qu'il me reste à faire : vider les lieux

5.1.11 J'étais dans un bouge, à observer une jeune courtisane, quand le marchand est entré

5.1.12 Il a deviné depuis longtemps que je le hais

5.1.13 Je fixe la vierge, et je vois Nedjma

5.1.14 C'est l'idée du sang qui me pousse au vin...

5.2 Mustapha évoque les rapports de Mourad avec Nedjma

5.2.1 Rien ne permet d'avancer que Mourad et Nedjma soient amants, et rien ne prouve le contraire

5.2.2 Mourad rend toujours visite à Lella Fatma; elle le soutient discrètement

5.2.3 On comprend que Mourad ait quitté la villa, depuis que sa cousine est mariée

5.2.4 Mourad aurait quitté le lycée sur les injonctions de sa cousine; elle lui aurait promis sa main s'il avait le courage de la conduire secrètement à Alger

5.2.5 Sa tante serait sur le point de lui retirer son affection, après lui avoir loué une chambre meublée, non loin de la villa; cette chambre serait devenue le refuge de chômeurs comme Rachid

6 Lakhdar retrouve son frère Mourad, et Nedjma sa cousine

6.1 Le voyageur n'est plus qu'un abruti, en guenilles

6.2 Mourad n'a plus revu le vagabond, n'entend plus parler de lui

6.3 Par un crépuscule lourd, Mourad se dirige vers la villa.

6.4 Le voyageur arrive du côté opposé

6.5 Mourad contourne le mur du stade.

6.6 Il voit un homme accroupi sur le rebord de la fenêtre.

6.7 Le regard de Mourad se charge.

6.8 Il n'avance plus.

6.9 Je vais chez des parents, crie Mourad.

6.10 Moi aussi.

6.11 Nedjma paraît sur le seuil

6.12 Je suis votre cousin; ma mère Zohra avait épousé en premières noces votre oncle paternel Sidi Ahmed, le père de Mourad.

7 Mourad fait la connaissance de Mustapha et Rachid

7.1 Mourad évoque l’arrivée à Bône de Rachid et Si Mokhtar

7.1.1 Trop de choses que je ne sais pas, trop de choses que Rachid ne m'a pas dites; il était arrivé dans notre ville en compagnie d'un vieillard nommé Si Mokhtar

7.1.2 si Rachid

7.1.3 ... Cela dura tout un an, avant qu'on apprît qu'ils venaient de Constantine;

7.1.4 . Puis on s'aperçut de leur disparition

7.1.5 Lorsque Rachid et Si Mokhtar arrivèrent ensemble à Bône, j'étais lycéen

7.1.6 Les deux guerres, l'essor du port avaient depuis longtemps mêlé à nous, aux citadins de naissance, des gens de toutes conditions

7.1.7 Je rencontrai pour la première fois les deux hommes, peu après le débarquement, dans une buvette du port

7.1.8 Rachid et  Si Mokhtar s'étaient trouvés au mariage de Nedjma

7.1.9 Puis ils disparurent

7.2 Mourad raconte comment il a hébergé Rachid et Mustapha

7.2.1 J'avais lié connaissance avec un jeune étudiant exclu qui se nommait Mustapha; ce fut par lui que j'appris le retour de Rachid.

7.2.2 Si Mokhtar n'était pas revenu.

7.2.3 Rachid était tombé dans la misère

7.2.4 Ils finirent (Mustapha et Rachid) par s'installer dans la chambre que Lella Fatma venait de louer pour moi

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 09:20

1 Rachid évoque la geste des Keblout lors d’un voyage à la Mecque, puis le séjour à Nadhor

1.1 La mère de Nedjma, enlevée par Sidi Ahmed, père de Mourad puis par le puritain, père de Kamel puis encore par le père de Rachid, ce dernier assassiné probablement par Si Mokhtar, le père supputé de Nedjma. Nedjma qui hante Rachid venu la chercher à Bône.

1.1.1 Au bout de quelques jours, j'avais à peu près reconstitué le récit que Rachid ne me fit jamais jusqu'au bout

1.1.2 C'était une femme que Rachid poursuivait à Bône

1.1.3 Puis une attaque de paludisme le retint plus d'une semaine dans ma chambre;

1.1.4 Comprends-tu '? Des hommes comme ton père et le mien... Des hommes dont le sang déborde et menace de nous emporter dans leur existence révolue

1.1.5 ... Le vieux brigand

1.1.6 Il était le rival de mon père. Qui sait lequel d'entre eux donna le jour à Nedjma...

1.1.7 Si Mokhtar descendait comme moi de l'ancêtre Keblout

1.1.8 Femmes mariées dont j'étais le second époux juste le temps de bouleverser la chronologie du sang, pour abandonner un terrain de plus à la douteuse concurrence des deux lignées - celle de la tradition, de l'honneur, de la certitude, et l'autre, lignée d'arbre sec jamais sûr de se propager, mais partout vivace en dépit de son obscure origine...

1.1.9 Pas même un passant pour proclamer à l'heure de la déchéance : « Je suis l'enfant de ce cadavre, je suis un bourgeon de cette branche pourrie »

1.1.10 Mon père et Si Mokhtar avaient appris que le puritain, le père légitime de Kamel, aimait par-delà l'océan, contrairement aux saints principes, la femme d'un notaire marseillais qui s'était enfuie avec un hobereau bônois...

1.1.11 Qui était le Bônois?

1.1.12 , - C'était ton père, sidi Ahmed

1.1.13 la Française avait échappé à ton père pour suivre le puritain dont l'épouse était alors la maîtresse de Si Mokhtar

1.1.14 Si Mokhtar proclamait

1.1.15 Jurant d'humilier le puritain une fois de plus, et de venger Sidi Ahmed

1.1.16 Car il était lié avec mon père autant qu'avec le tien...

1.1.17 Au tournant se tenait mon père, le quatrième soupirant...

1.1.18 Mon père étant alors sur le Rocher de Constantine une sorte de centaure toujours à l'affût

1.1.19 En le faisant naître peu après 1830

1.1.20 J'en parle sans avoir jamais connu mon père, car il mourut sous le feu de son propre fusil, tué au fond d'une grotte par un inconnu qui dut s'enfuir

1.1.21 : De connivence avec mon père, Si Mokhtar l'avait enlevée en plein jour

1.1.22 La Française ravie fut conduite dans les bois, jusqu'à une grotte

1.1.23 Lorsque je naquis, lorsque s'élevèrent mes premiers cris parmi les imprécations de ma mère déjà veuve, l'enquête suivait son cours.

1.1.24 Retrouvé, raide et froid près du fusil, son propre fusil de chasse qui l'avait trahi comme avait dû le faire la Française enfuie avec Si Mokhtar

1.1.25 Réplique de l'insatiable Française, trois fois enlevée, maintenant morte ou folle ou repentie

1.1.26 Nedjma est née d'une Française, et plus précisément d'une juive,

1.1.27 Qui avait pu tuer l'autre rival, le mort de la grotte, sinon le vieux bandit et séducteur, le vieux Si Mokhtar qui est à la fois le père de Kamel, celui de Nedjma

1.1.28 : C'était Nedjma, alors âgée de trois ans, abandonnée par sa mère, la Française, et confiée par Si Mokhtar à l'époux de Lella Fatma reconnue stérile

1.2 Rachid rencontre Nedjma à Constantine, puis la perd

1.2.1 Elle vint à Constantine sans que Rachid sût comment

1.2.2 La rencontre de Rachid et de l'inconnue avait eu lieu dans une clinique où Si Mokhtar avait ses entrées

1.2.3 Ne quittant plus sa ville natale,

1.2.4 « Fille d'une famille qui est aussi la tienne », avait-il dit

1.2.5 Je sortis avec elle. Mais vers minuit, comme je l'avais prévu, elle me quitta au coin d'une rue, d'un pas rapide et sûr, sans une parole d'adieu - et depuis, pas un signe d'elle, ni de Si Mokhtar, qui prétendit ne pas la connaître sous son nouveau nom (elle venait d'être mariée, m'apprit laconiquement le vieux gredin

1.3 Voyage raté à la Mecque de Rachid et Si Mokhtar

1.3.1 Si Mokhtar partait pour La Mecque

1.3.2 Rachid était déserteur à l'époque; retour de Tripolitaine, il vivait dans les bois du Rimmis, non loin d'une grotte de sinistre mémoire...

1.3.3 Jusqu'au vendredi où Si Mokhtar cessa soudain de boire

1.3.4 Rachid revint la semaine suivante, exhibant sous le nez du vieillard un fascicule de navigateur tamponné

1.3.5 Alors, nous partons ensemble'? Prépare-toi. Moi, je suis prêt.

1.3.6 Rachid était encore à Constantine; il galopait de rue en rue, sans but, sans fatigue, à la recherche du vétéran ; puis il se procura de quoi prendre le train de Bône, guère plus

1.3.7 Ils se trouvèrent nez à nez sous les projecteurs du quai, la nuit de l'appareillage, dans la cohue.

1.3.8 Suis-moi, dit Si Mokhtar. Qu'est-ce que tu attends?

1.3.9 Si Mokhtar descendit acheter pour lui et pour Rachid deux tenues à peu près complètes de pèlerins

1.3.10 Plus question de passer pour navigateur; tous les hommes d'équipage étaient connus, chacun à son poste.

1.3.11 Chaque nuit. Rachid se mêlait aux passagers

1.3.12 A Port-Said, l'escale dura toute la journée

1.3.13 Alors Si Mokhtar calcula qu'il avait à peine de quoi payer le guide obligatoire chargé d'accompagner chaque hadj de Djeddah à Médine

1.3.14 Nous passerons ensemble ou nous ne passerons pas

1.3.15 Les machines ralentissaient ; les chaînes des ancres commencèrent à grincer

1.3.16 Il n'était rien dans ce navire, où il avait simplement suivi le vieux brigand, par habitude simplement, peut-être aussi à cause de la chimère, l'inconnue de la clinique, la nuit de l'été passé

1.3.17 Ils sont tous descendus?

1.3.18 Bon débarras, dit le Tunisien

1.3.19 Rachid alla droit vers l'officier, qui le prit pour un homme d'équipage (il y en avait près de trois cents); peu après, un groupe de soutiers, de garçons de cuisine, de matelots - parmi lesquels Rachid et le Tunisien - prenaient place dans le canot, avec le commandant et le docteur

1.3.20 il pensa que les pères de ces gens-là, de ces polichinelles suant la vanité, avaient banni le Prophète, et bannissaient maintenant le progrès, la foi et tout le reste, uniquement pour obstruer le désert de leur superbe ignorance, étant probablement le dernier troupeau à se repaître de poussière, ne sachant plus que renouveler leur défroque et somnoler en murmurant les mêmes versets qui auraient dû les réveiller

1.3.21 Si Mokhtar fut rejoint par Rachid, alors qu'il errait seul dans les souks

1.3.22 . La moitié de ceux qui viennent ici n'ont que le commerce en tête; c'est comme une foire annuelle patronnée par Dieu...

1.3.23 Demain, tous les hommes doivent être à bord

1.3.24 On va chercher du charbon et des vivres... A Port-Soudan.

1.3.25 Je ne suis pas venu pour le Paradis

1.3.26 Sur la passerelle, Rachid se détacha peu à peu du groupe de marins qui se pressaient autour du vieux brigand, et il fila droit vers la salle de bains, où Si Mokhtar n'allait pas tarder à le rejoindre.

1.3.27 A présent, nous allons à Port-Soudan.

1.3.28 Rachid fut entraîné chez l'infirmier.

1.3.29 Je vais mourir. Ma cassette a été volée.

1.3.30 Je ne veux plus aller à La Mecque. Vous ne pouvez pas m'obliger. J'ai payé l'aller et le retour.

1.3.31 Il obtint un lit à l'infirmerie, tout près de la cachette de Rachid qui n'y comprenait goutte.

1.3.32 L'infirmier s'absentait souvent pour rendre visite à ses amis, dans leurs cabines

1.4 Si Mokhtar évoque, devant Rachid, Keblout et la soumission de la tribu par les Français

1.4.1 Rachid fut réveillé par le vieux bandit; ils montèrent sur le pont.

1.4.2 ... Oui, la même tribu. Il ne s'agit pas d'une parenté au sens où la comprennent les Français; notre tribu, autant qu'on s'en souvienne, avait dû venir du Moyen-Orient, passer par l'Espagne et séjourner au Maroc, sous la conduite de Keblout.

1.4.3 Tout ce que je sais, je le tiens de mon père, qui le tient de son père, et ainsi de suite. Mais il existe une probabilité pour que Keblout ait vécu en Algérie. au moins dans la dernière partie de son existence

1.4.4 Keblout serait venu d'Espagne avec les Fils de la Lune, et se serait d'abord établi au Maroc, puis serait passé en Algérie.

1.4.5 Des Tolbas, des étudiants errants; ils étaient musiciens et poètes de père en fils

1.4.6 Mais un exilé, ayant des goûts et des idées à part, établi en Algérie par un pur hasard, élu ou adopté en quelque sorte par les natifs

1.4.7 Keblout autoritaire, chef d'une tribu nomade ou d'un clan armé vivant depuis le Moyen Age dans la province de Constantine, sur le mont Nadhor qui domine la région orientale de Guelma

1.4.8 Après le siège de Constantine, les Français revinrent point par point à la tactique des Romains

1.4.9 Les habitants du Nadhor étaient restés insoumis

1.4.10 C'est alors que la tribu fut décimée

1.4.11 Tout se passa en quelques jours, après qu'on eut découvert, lardés de coups de couteau, les corps d'un homme et de sa femme déposés dans la mosquée de Keblout

1.4.12 ... Le Nadhor fut mis à feu et à sang

1.4.13 Après les six exécutions, la tribu demeurait sans chef; mais Keblout avait une telle progéniture que d'autres jeunes mâles qui avaient grandi dans la terreur et le désarroi commencèrent à quitter secrètement le Nadhor pour s'établir incognito en d'autres points de la province

1.4.14 tout en laissant une poignée de vieillards, de veuves et d'orphelins dans le patrimoine profané, qui devait pour le moins garder la trace, le souvenir de la tribu défunte.

1.4.15 les fils des six condamnés n'avaient pas quitté le berceau quand ils furent nommés caïds et cadis d'office

1.4.16 Nom de Keblout fut à jamais proscrit,

1.4.17 La mosquée resta en ruines; seul se dressait encore l'étendard vert du mausolée, taillé dans les loques des veuves et des vieillards.

1.4.18 Les fils de Keblout en quatre branches

1.4.19 le premier registre furent dotés de domaines

1.4.20 le second registre reçurent des emplois dans la magistrature

1.4.21 Les hommes de la troisième branche

1.4.22 la quatrième branche, ils gardaient la mosquée détruite, le mausolée, le peu de terre, l'étendard de l'ancêtre

1.5 Mokhtar confie à Rachid son projet d'enlever Nedjma, sa propre fille

1.5.1 Dans sa cellule de déserteur, Rachid croyait entendre sur le pont les révélations passionnées de Si Mokhtar,

1.5.2 Et je vais te dire : j'avais une fille, la fille d'une Française.

1.5.3 C'était l'inconnue de la clinique

1.5.4 La mère adoptive vient de marier ma fille. Je n'y puis rien

1.5.5 Mariée contre son gré; je le sais, à présent qu'elle a retrouvé ma trace, m'a écrit, et qu'elle me rend visite, c'est ainsi que tu l'as vue à Constantine, lorsque son époux l'y conduit de temps à autre avec lui...

1.5.6 Je suis décidé à l'enlever moi­même, sans ton aide, mais je t'aime aussi comme un fils... Nous irons vivre au Nadhor, elle et toi, mes deux enfants

1.6 Le sacrifice des deux vierges pour le repos de Keblout

1.6.1 La tribu demeurait sans chef; deux femmes y moururent, nommées Zohra et Ouarda, la première répudiée, la seconde veuve avec ses deux filles, les soeurs de Mustapha, les deux vierges du Nadhor qui virent l'aigle assiégé les bombarder dans les airs

1.6.2 Et la petite soeur disparut un soir d'été, l'aînée ne dit rien à personne; son corps fut retrouvé le jour suivant au pied du pic, un couteau glissé à sa ceinture

1.6.3 L'aigle lui-même ne se montra plus; et les dernières radoteuses de la tribu sans chef s'emparèrent de l'énigme : si l'aigle était parti avec sa proie, c'était peut-être le signe que la malédiction s'éloignait, grâce aux deux vierges sacrifiées pour le repos de Keblout.

1.6.4 Et le vieux Keblout légendaire apparut en rêve à Rachid

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 09:15

1.1 Rachid évoque un séjour à Nadhor, en compagnie de Nedjma et Si Mokhtar. Assassinat de ce dernier et enlèvement de Nedjma par les descendants de Keblout restés fidèles aux ancêtres.

1.1.1 La tribu se rassembla peu à peu dans la cellule;

1.1.2 J'étais avec l'oncle Mokhtar et sa fille; je leur jouais un air de mon invention; Si Mokhtar, malade

1.1.3 Nous retrouvions les derniers hectares de la tribu, la dernière chaumière

1.1.4 Nedjma semblait pas mécontente de son sort

1.1.5 Voilà que la lumière jaillit à la fenêtre qui me faisait face, et je fermai les yeux...

1.1.6 Si Mokhtar s'endormit.

1.1.7 Je me trouvai en plein maquis auprès de Nedjma

1.1.8 Elle prépara, sous un figuier, le vaste chaudron

1.1.9 Dissimulé sous un autre figuier (il contemplait Nedjma qui s'ébattait dans le chaudron)

1.1.10 Nedjma quittait le bain

1.1.11 Moi qui suivais la scène par trois perspectives

1.1.12 Je me souvins de mon aventureuse enfance

1.1.13 Rhummel

1.1.14 C'était pareil à cette joie, sous le figuier, de voir Nedjma au sortir du bain,

1.1.15 S'était couchée près de moi, ruisselante, et le sommeil gagnait son corps détendu

1.1.16 J'avais assisté déjà à une partie de la lutte, à l'élimination de Mourad, sans pouvoir pronostiquer la défaite des deux autres amants

1.1.17 Le nègre, qui semblait hors de question, mais pouvait lui aussi s'enflammer pour Nedjma,

1.1.18 Or il venait d'avoir l'élégance de se relever!

1.1.19 Si Mokhtar, dont le visage était incontestablement roux, me considéra en jurant qu'il irait passer ses derniers jours dans la solitude, plutôt que d'assister à l'éparpillement de nos cervelles.

1.1.20 J'ai eu les orteils arrachés par la foudre, pendant que vous preniez le soleil, dit Si Mokhtar

1.1.21 -Je savais bien que je vous trouverais là tous les deux, à vous disputer, dit Nedjma, alors que je suis en butte à l'indiscrétion d'un nègre...

1.1.22 Mon bras gauche avait considérablement allongé

1.1.23 Nedjma nous quitta.

1.1.24 Il se mit brusquement debout, malgré ses pieds bandés

1.1.25 Le muezzin appelait déjà à la prière

1.1.26 Nous avons emporté des vivres et quelques affaires, pour passer une semaine dans la forêt. Nous avons beaucoup marché, avant d'apercevoir loin devant nous une maison délabrée qui semblait sans propriétaire.

1.1.27 Quelques heures après le dîner, pendant que le père et la fille dormaient, j'entendis un cri

1.1.28 Arrive droit sur mon bivouac un homme empêtré dans son burnous, le capuchon rabattu sur le visage.

1.1.29 A ce moment, Nedjma, que mes paroles avaient sans doute intriguée, poussa un cri affreux

1.1.30 Car Si Mokhtar, pour nous mener à cette prairie, avait pris Nedjma en croupe sur la jument, tandis que j'allais à pied, et je voyais le sang s'égoutter à travers le bandage

1.1.31 Je posai donc ma tête sur les genoux de Nedjma, devant le brasier agonisant

1.1.32 Si Mokhtar et moi continuions de jouir du temps radieux

1.1.33 La halte dans la prairie se trouva prolongée par la maladie de Si Mokhtar

1.1.34 ... Le jour suivant, nous reçûmes un envoyé de la tribu

1.1.35 Dis à cette enfant de paraître à visage découvert.

1.1.36 Laissez-nous Nedjma et partez

1.1.37 Bref nous vous demandons de partager quelques jours notre existence...

1.1.38 S'il meurt, nous pouvons l'admettre au cimetière. Mais il faudra partir aussitôt après, et nous laisser sa fille.

1.1.39 Quand mon rêve prit fin, Si Mokhtar était mort. Je me trouvais seul avec le cadavre. Nulle trace de Nedjma. Enfin parut le vieux messager, et à sa suite

1.1.40 Éloigne-toi maintenant. Nous allons laver le mort.

1.1.41 C'est alors que le nègre me prit à part, d'un air menaçant...

1.1.42 Grand chasseur, sorcier, meneur d'orchestre et médecin des pauvres, le nègre

1.1.43 Et le nègre conclut que Si Mokhtar et Nedjma formaient un couple amoral, chassé de quelque ville, venu profaner la terre ancestrale

1.1.44 A la faveur d'un coup de tonnerre, suivi d'éclairs puis de grêle sonore, il tira au jugé

1.1.45 Le nègre avait quitté son poste, caché le fusil dans la broussaille, puis s'était lui-même enfoui sous le figuier...

1.1.46 Il n'avait pas tardé à s'endormir

1.1.47 Il se prétendit envoyé par les Génies pour veiller sur les filles de Keblout

1.1.48 Il suivit les trois voyageurs jusqu'à la prairie

1.1.49 Les vétérans finirent par envoyer un messager à Rachid, pour exiger l'abandon de Nedjma et le départ des deux proscrits... Quand Si Mokhtar mourut, Nedjma ne réveilla pas Rachid. Elle s'échappa seule, fut retrouvée par le nègre dément, conduite de vive force au campement des femmes...

1.2 Rachid de retour à Constantine

1.2.1 « L'Écrasante », annonçait l'homme

1.2.2 Rachid ne se leva pas

1.2.3 Et Rachid enfin, dix ans après la révocation puis l'assassinat de son père, respirant à nouveau l'odeur du rocher,

1.2.4 Rachid était arrivé... Il revenait d'une longue absence. La gare. Le pont. La charrette barrant la route au trolleybus. C'était bien le rocher natal deux fois déserté par Rachid : d'abord sous l'uniforme, puis sous l'empire de la femme

1.2.5 cette fois, il se dirigea tout droit vers la maison héritée de son père

1.2.6 Le vieux Si Mokhtar

1.2.7 Vive la France. Les Arabes silence!

1.3 Biographie de Rachid: naissance, enfance...jusqu'à rencontre avec Nedjma

1.3.1 Le père de Rachid avait laissé à ses veuves leurs bijoux

1.3.2 Il avait eu quatre femmes

1.3.3 Le dernier-né, Rachid, ne devait pas connaître longtemps ses neuf demi-frères et demi­ soeurs;

1.3.4 À dix ans, il était en adoration devant deux idoles : la mère qu'il ne voulait pas croire veuve, et l'institutrice, Mme Clément, qu'il ne voulait pas croire mariée...

1.3.5 Avant d'être révoqué

1.3.6 En fait, il était surtout accusé de soutenir un comité d'étudiants qui venait de se constituer sous la bannière du Congrès musulman

1.3.7 Le père de Rachid

1.3.8 Et Rachid reconstitua le comité soutenu par son père

1.3.9 », Rachid ne put qu'échouer à l'examen de passage.

1.3.10 Le vieux Si Mokhtar, autre ami du défunt, n'attendait que cette extrémité pour intervenir.

1.3.11 A dix-huit ans, licencié de la droguerie, Rachid jeta dans sa poche la pièce d'or qui restait, que sa mère décousit de sa ceinture, et il conduisit Aïcha chez des parents; la mère fut ainsi prise en charge jusqu'à la fin de ses jours, tandis que Rachid, tombé en chômage, s'adonnait à l'art dramatique.

1.3.12 Rachid tira Oum el-Azz de la prostitution pour la présenter comme vedette de sa troupe naissante

1.3.13 Au dépit de Rachid qui décida de revêtir l'uniforme, et fut dirigé sur la Tunisie après quinze jours de cachot; il déserta aux premiers jours du Ramadhan, revint par la Tripolitaine, et quitta Oum-El-Azz

1.3.14 Guéri du théâtre, Rachid songeait à partir pour la France, lorsqu'il rencontra l'étrangère de la clinique.

1.4 Rachid dans la solitude voit ses pas le conduire à la fumerie d'Abdallah

1.4.1 Il se retrouvait seul au logis, sans nouvelles de la mère de Si Mokhtar qu'il n'avait pas revu depuis la traversée de la mer Rouge

1.4.2 Rachid tomba nez à nez avec un cafard qui allait rejoindre lui aussi son gîte après la nuit...

1.4.3 Il s'engagea sous la passerelle; la fumerie qui l'arrêta prolongeait une ruelle pavée

1.4.4 Frère Abdallah

1.4.5 Et Abdallah se voyait loin de la pègre, gérant du casino de Constantine, après la proclamation de l'Indépendance.

1.5 Scène vie scolaire, bagarre entre les 2 frères Bozambo

1.5.1 Mme Clément, directrice, frappa Mouloud d'un coup de tringle à la tête. Notre chef Bozambo tira son couteau et l'offrit à Mouloud

1.5.2 Rachid, au tableau! dit Mme Clément.

1.5.3 des rêveries chaotiques

1.5.4 Bozambo avait un frère encore plus fort que lui, la gloire de Constantine...

1.5.5 ... Et c'est alors que les deux frères se sont rencontrés... En vérité, ils se sont mis à se disputer comme s'ils devaient rester l'un et l'autre sur le carreau

1.5.6 je suis tombé sur les deux frères... Ils jouaient aux cartes

1.5.7 Le vieux chanteur parlait déjà de tout autre chose

1.6 Après le crime commis par Mourad, Rachid retourne à Constantine, et chez Abdallah

1.6.1 Rachid ne quittait plus le fondouk

1.6.2 A présent, il se savait capturé, comme le rossignol et les canaris qu'on entendait dès le seuil du fondouk, et il ne lui venait plus à l'idée d'en sortir. Cela lui était arrivé alors qu'il revenait de Bône, après l'assassinat; en l'interrogeant, à l'époque, on avait cru et répété dans Constantine que Rachid avait son mot à dire, sans être tout à fait complice

1.6.3 « L'ami de Rachid », fut condamné à vingt ans de travaux forcés; certains pensaient sans trop le dire : « Un troisième crime pend au nez de Rachid ».

1.6.4 Sa mère, morte à son insu pendant qu'il était employé « sur les lieux de la tragédie »,

1.6.5 Deux nuits après le crime, il était revenu par le train de Constantine, seul, et s'était enfermé dans la demeure maternelle pour en sortir le cinquième jour, et se rendre chez Abdallah...

1.7 Rachid évoque, à la fumerie, Nedjma enjeu de rivalités dans la tribu de Keblout

1.7.1 L'un de ces plumitifs, hagard et mal vêtu, avait l'air d'un écrivain public.

1.7.2 journaliste

1.7.3 Abattu?

1.7.4 -Oui, par le nègre de notre tribu

1.7.5 Et je découvris à Bône l'inconnue qui s'était jouée de moi

1.7.6 Se multiplièrent les rivaux... Mourad, tout d'abord.

1.7.7 Nedjma l'Andalouse -, la fille de la Française qui avait opposé entre eux quatre soupirants, dont trois de la même tribu, les trois descendants de Keblout, car c'était la mère de Nedjma, la Française, c'était elle qui avait fait exploser la tribu, en séduisant les trois mâles dont aucun n'était digne de survivre à la ruine du Nadhor...

1.7.8 Croyant venger l'autre parent, le troisième, Sidi Ahmed

1.7.9 Le père de Rachid ou Si Mokhtar, mort dans l'incertitude : lequel des deux donna le jour à Nedjma dans la grotte'?

1.7.10 : Nedjma dont les hommes devaient se disputer non seulement l'amour, mais la paternité

1.7.11 Car Mourad à qui elle s'était fiancée secrètement, puis Lakhdar qu'elle aima

1.7.12 Séquestrée au Nadhor après la mort de Si Mokhtar qui l'y avait conduite avec Rachid, après le pseudo-pèlerinage à La Mecque

1.7.13 Lorsque Rachid arriva au port, Nedjma était l'épouse de Kamel...

1.7.14 De Constantine à Bône, de Bône à Constantine voyage une femme

1.7.15 Elle est voilée de noir. Un nègre l'accompagne, son gardien

1.7.16 Car ce pays n'est pas encore venu au monde :

1.7.17 Carnet de Mustapha (suite)

1.7.18 ainsi Mourad, Nedjma, Rachid et moi; notre tribu mise en échec répugne à changer de couleur; nous nous sommes toujours mariés entre nous; l'inceste est notre lien

1.7.19 Nedjma menant à bonne fin son jeu de reine fugace et sans espoir jusqu'à l'apparition de l'époux, le nègre prémuni contre l'inceste social, et ce sera enfin l'arbre de la nation s'enracinant dans la sépulture tribale, sous le nuage enfin crevé d'un sang trop de fois écumé...

1.7.20 Nedjma notre perte, la mauvaise étoile de notre clan.

1.8 Rachid pensait à Mourad qud il lança la pierre sur voiture

1.8.1 Il va passer en cour d'appel.

1.8.2 Mourad n'a pas commis de crime. Il a tué par mégarde le père d'une femme qu'il n'aimait pas

1.8.3 voilà que je lance une pierre sur la voiture d'un type

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 09:05

1 Biographie de Lakhdar et Mustapha

1.1 Enfance et scolarité Lakhdar et Mustapha

1.1.1 Deux ans se sont écoulés depuis que Zohra, mère de Mourad et de Lakhdar, a été abandonnée par Sidi Ahmed, quand se présente un nouveau parti; un vieux cultivateur des environs de Sétif

1.1.2 Mahmoud

1.1.3 La femme, jointe à l'épicerie, assagira peut-être mon fils, pense Mahmoud. Aux secondes noces de sa mère, Lakhdar tète encore.

1.1.4 La chambre conjugale, à

1.1.5 Lakhdar est enlevé de ferme en ferme. Battu

1.1.6 Mahmoud cache que l'orphelin n'est pas de son fils

1.1.7 Zohra donne cinq oeufs à Lakhdar pour le directeur de l'école indigène

1.1.8 Pense Lakhdar, en passant la cigarette à Mustapha

1.1.9 Mme Nora, propriétaire du seul hôtel-restaurant de X., sert à Maître Charib

1.1.10 Entre nous, tu as les moyens de l'expédier à l'école...

1.1.11 L'âge de mon fils Mustapha !

1.1.12 Notre institutrice

1.1.13 Lakhdar tire Mustapha vers le poulailler.

1.1.14 Les années passent.

1.1.15 - Et toi, tu veux rien donner? fait Lakhdar. Mustapha ne dit rien. Lakhdar frappe.

1.1.16 Monique

1.1.17 Père se fait tailler la nuque

1.1.18 Y a que Lakhdar qui soit aussi maigre que moi

1.1.19 Et j'ai réussi ! J'ai bien lu Mustapha Gharib sur la Dépêche de Constantine. Le nom de Lakhdar était avant le mien, à cause de l'alphabet.

1.1.20 Les premiers souvenirs de Mustapha se rapportent à une cour

1.1.21 Mohamed Gharib assure le commandement suprême; il marie ses frères, avant de prendre femme ;

1.1.22 Une fille en haillons lui touche le tablier.

1.1.23 Aux grandes manoeuvres du Taffat, Lakhdar perd la baïonnette du gardien de la prison, et refuse d'appeler Mustapha « mon général ».

1.1.24 Vous avez trois quarts d'heure pour finir.

1.1.25 M. Temple souffle sur ses doigts. Il ôte ses lunettes et se rassoit.

1.1.26 Cette matinée d'automne (1944), se distingue par un nombre inhabituel d'absents

1.1.27 Tous les absents sont des musulmans.

1.1.28 Cher Maître je ne remettrai pas la copie... c'est aujourd'hui le Mouloud

1.1.29 Mustapha n'écoute plus. Exclu pour huit jours.

1.1.30 Celui qui n’aura pas ses livres n'assistera pas au cours.

1.1.31 Il a ostensiblement omis le nom de Tahar dans sa réponse; au moment de présenter Lakhdar à Mlle Dubac

1.1.32 -Tu vois ce qu'ils demandent pour l'instruction du petit'?

1.1.33 ... Deux pyjamas et deux chemises de nuit...

1.1.34 Mahmoud ne démordit pas.

1.2 Mustapha participe aux manifestations du 8 mai 1945 et retrouve Lakhdar en prison

1.2.1 Indépendance de l'Algérie, écrit Lakhdar, au couteau, sur les pupitres, sur les portes.

1.2.2 Les paysans sont prêts pour le défilé.

1.2.3 Contre-manifestation populaire.

1.2.4 Lakhdar et Mustapha marchent côte à côte

1.2.5 L'hymne commence sur des lèvres d'enfants

1.2.6 Mustapha se voit au coeur d'un mille-pattes inattaquable

1.2.7 Les corps sont exposés au soleil.

1.2.8 Cette fois, ils ont compris

1.2.9 Mon père « prenait le soleil » devant la porte. Il saluait des soldats invisibles... Toute la soirée, il s'acharna sur moi : j'étais fou, je me croyais plus malin que les autres, je ferais massacrer mes parents

1.2.10 Je fus arrêté le lendemain matin

1.2.11 A soixante ans, le coiffeur, jouait avec nous aux dominos

1.2.12 Béret à la main, suant, Luigi

1.2.13 Ils m'ont demandé si tu faisais de la propagande. Ils disent que tu étais au défilé de Sétif, et que tu as apporté le mot d'ordre de la révolte ici.

1.2.14 A notre seuil, je remarquai deux Européens.

1.2.15 Mitraillettes au bras. Inspecteurs. Ils parlaient à mon père.

1.2.16 Il me fit signe de les suivre.

1.2.17 Lorsque je repris conscience, le brigadier était parti.

1.2.18 Tayeb était un facétieux

1.2.19 Son gourbi de terre sèche contenait une famille si extraordinaire

1.2.20 La femme du brigadier revint avec du pain et une tasse de café au lait.

1.2.21 Un gendarme est un gendarme, mais une mère est une mère, dit Tayeb.

1.2.22 Comme un oiseau menacé au fond de sa cage, le forgeron ne put que replier ses moustaches...

1.2.23 Triomphe de se retrouver avec Lakhdar dans l'unique salle de la prison civile,

1.3 Au sortir de prison, Mustapha trouve son père agonisant et sa mère gagnée par la folie

1.3.1 Notre cour est déserte. Personne à ma rencontre. Mère a laissé périr le rosier

1.3.2 Pourquoi n'entends-je pas la canne de mon père ?

1.3.3 Dans son lit, mon père retient ses gémissements

1.3.4 Il y a longtemps que mère dort, s'éveille et se rendort.

1.3.5 Mère ne sait plus parler

1.3.6 Elle parle aux oiseaux et maudit ses enfants

1.3.7 Un autre oukil judiciaire est arrivé

1.4 Mustapha va à Bône chercher du travail. Lakhdar l'y retrouve hébergé par Mourad. Lakhdar chouchouté chez Nedjma

1.4.1 Il nous reste un oncle fermier près de Constantine. Je mène chez lui ma mère et mes soeurs. J'aurai seize ans cet automne.

1.4.2 Du travail et du pain

1.4.3 J'irai dans un port.

1.4.4 Un billet pour l'express Constantine-Bône, S.V.P.

1.4.5 Lakhdar allait tranquillement vers la table de Mustapha.

1.4.6 Tu es arrivé par le train...

1.4.7 Comme toi.

1.4.8 L'été dernier, j'ai appris qu'un étranger était arrivé par le train de Constantine. A cause des habits, j'ai tout de suite pensé à toi. Tu as un étrange costume.

1.4.9 Pas à moi, sourit Lakhdar.

1.4.10 Je le tiens d'un frère que je ne connaissais pas.

1.4.11 Tu ne connais pas Mourad ?

1.4.12 Mourad ne t'a pas parlé de moi'?

1.4.13 Allons téléphoner à Tahar, dit Nedjma. Après tout, on peut dire que c'est ton père.

1.4.14 Sur le matelas que Lella Fatma lui réserve au salon, Lakhdar contemple son pantalon de coutil

1.4.15 Elle borde Lakhdar!

1.4.16 Réveille-toi quand tu voudras. J'éteins?

1.4.17 Il est réveillé ! Votre déjeuner, monsieur l'agitateur

2 Soirée à 4 chez Nedjma

2.1 Les 4 amis vont à Beauséjour admirer Nedjma, de loin, en cachette.

2.1.1 J'ai revu Lakhdar au café.

2.1.2 Rachid et Mourad nous rejoignirent pour le repas du soir, dans la boutique

2.1.3 Lakhdar force l'allure, hirsute. En vérité, comment ne pas le soupçonner de nous mener, en douce, vers Beauséjour... Il habite toujours chez Nedjma... Sait-il que je la connais?

2.1.4 Dissimulés au prix de sérieuses acrobaties (inspirées par Lakhdar), nous voyons Nedjma dans son jardin. Elle est adossée au citronnier.

2.1.5 Rachid se raidit. « C'est elle. C'est bien elle. La femme de la clinique. »

2.1.6 Rachid et Mustapha dévalent le talus; ils ont le flegme et l'humilité de deux renards ayant laissé leur compère aux approches d'une volière, face à un oiseau rare qui les eût fatalement poussés à la bagarre, s'ils n'avaient abandonné la partie.

2.2 Soirée chez Nedjma. Lakhdar élu, photo de Rachid. Mourad fait les bars. Lakhdar laisse (sans le savoir) Nedjma avec Mustapha.

2.2.1 Cinq mille francs inopinément acquise par Mourad en flânant sur le port, pilotant un Norvégien dans la vente de douze chronomètres suisses.

2.2.2 Mustapha fut invité, mais Rachid resta introuvable.

2.2.3 La soirée se tint dans le salon occupé par Lakhdar, qui fit disparaître les photographies sous verre représentant Nedjma, partie avec Lella Fatma pour plusieurs jours

2.2.4 Elle sonna d'un doigt fervent, tandis que Mustapha s'éloignait, à la recherche d'une seconde bouteille.

2.2.5 J'ai laissé ma mère au mausolée; je m'ennuyais...

2.2.6 Mais Nedjma retenait Lakhdar dans la chambre nuptiale

2.2.7 Kamel était en route pour Constantine, où l'attendait sa mère probablement morte

2.2.8 L'étreinte fut d'une intensité jamais atteinte; Nedjma pleurait

2.2.9 Lakhdar vit le sac en peau de crocodile; le portrait du soldat était collé au miroir poudreux que Nedjma venait de relever avec le rebord du sac, sans s'en apercevoir.

2.2.10 Lakhdar arracha le portrait. Il ne dit rien.

2.2.11 Mourad sortit silencieusement.

2.2.12 Mourad visita un à un les bars de la vieille ville

2.2.13 Lakhdar alluma une cigarette, et fit brûler le portrait

2.2.14 Nouveau coup de sonnette.

2.2.15 Mourad rentra, ivre mort.

2.2.16 Paisiblement, Lakhdar réalisait que Mustapha était seul avec Nedjma

3 Les 4 compagnons son embauchés au chantier

3.1 Les 4 amis embauchés au chantier

3.1.1 Ils ne quittaient pas la boutique du marchand de beignets

3.1.2 Lakhdar rentra comme Mustapha se levait pour s'étirer.

3.1.3 Fini le chômage ! Demain nous sommes embauchés.

3.1.4 Mustapha était sûr que Lakhdar disait vrai, et il tâtait ses muscles, sidéré à l'idée de devenir un homme de peine, sidéré, repentant et orgueilleux.

3.1.5 J'ai trouvé un chauve en train de se gratter les ongles. Il nous a inscrits presque sans me regarder.

3.1.6 Vous verrez le chef d'équipe au chantier.

3.2 Au chantier

3.2.1 Pendant que ses deux acolytes vont chacun de son côté, un barbu rencontré dans un bar reconduit les quatre nouveaux venus dans leurs chambres louées par une vieille Italienne

3.2.2 Le Barbu est content d'avoir bu avec des jeunes

3.2.3 Les gardiens de nuit sifflent le couvre-feu.

3.2.4 On vous empêche de veiller, depuis le 8 mai?

3.2.5 Lakhdar est en prison

3.2.6 Tout le monde le déteste franchement au village, et pourtant c'est la conduite de Lakhdar qui est désapprouvée

3.2.7 Les étrangers seront-ils congédiés?

3.2.8 Vers neuf heures du soir, les trois manoeuvres reçoivent la visite de deux hommes qui entrent avec mille précautions

3.2.9 Mustapha rompt la glace et la galette, en commençant à manger.

3.2.10 « Sales villageois ! Ils nous apportent de la galette aux grains d'anis pour nous épater. Alors que trois kilos de pain bis auraient suffi »

3.2.11 Il veut la fille du Cadi

3.2.12 Un jour, nous avons appris qu'elle allait au bain,

3.2.13 Elle a répondu (sur le dos d'un calendrier) qu'elle ne voyait toujours pas qui pouvait lui écrire ainsi

3.2.14 Le premier coup de sifflet des gardiens de nuit

3.2.15 Le Barbu m'a donné de l'argent, tranche Lakhdar.

3.2.16 Partageons-le.

3.2.17 Lakhdar s'est échappé de sa cellule.

3.2.18 Écoutez, propose Mourad. On va vendre mon couteau.

3.2.19 « N'allumez pas de feu », a recommandé le vétéran.

3.2.20 C'est le moment de se séparer.

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 13:16

Kateb Yacine est né vraisemblablement le 2 août 1929 (peut-être le 6 août) à Constantine, mais se trouve inscrit à Condé Smendou, aujourd'hui Zighoud Youcef. Il est issu d'une famille berbère chaouis12 lettrée de Nadhor, actuellement dans la wilaya de Guelma, appelée Kheltiya (ou Keblout). Son grand-père maternel est bach adel, juge suppléant du cadi, à Condé Smendou (Zighoud Youcef), son père est avocat et la famille le suit dans ses successives mutations. Le jeune Kateb, (nom qui signifie « écrivain») entre en 1934 à l'école coranique de Sedrata, en 1935 à l'école française à Lafayette (Bougaa en basse Kabylie, actuelle wilaya de Sétif) où sa famille s'est installée, puis en 1941, comme interne, au lycée de Sétif : le lycée Albertini devenu lycée Kerouani après l'indépendance.

Kateb Yacine se trouve en classe de troisième quand éclatent les manifestations du 8 mai 1945 auxquelles il participe et qui s'achèvent sur le massacre de milliers d'algériens par la police et l'armée françaises. Trois jours plus tard il est arrêté et détenu durant deux mois. Il est définitivement acquis à la cause nationale tandis qu'il voit sa mère « devenir folle ». Exclu du lycée, traversant une période d'abattement, plongé dans Baudelaire et Lautréamont, son père l'envoie au lycée de Bône (Annaba). Il y rencontre "Nedjma" (l'étoile), "cousine déjà mariée", avec laquelle il vit "peut-être huit mois", confiera-t-il et y publie en 1946 son premier recueil de poèmes. Déjà il se politise et commence à faire des conférences sous l'égide du Parti du Peuple Algérien, le grand parti nationaliste, de masse, de l'époque. En 1947 Kateb arrive à Paris, « dans la gueule du loup » et prononce en mai, à la Salle des Sociétés savantes, une conférence sur l'émir Abdelkader, adhère au Parti Communiste Algérien. Au cours d'un deuxième voyage en France il publie l'année suivante le Poème ou le Couteau (« embryon de ce qui allait suivre ») dans la revue Le Mercure de France. Journaliste au quotidien Alger républicain entre 1949 et 1951, son premier grand reportage a lieu en Arabie saoudite et au Soudan (Khartoum). À son retour il publie notamment, sous le pseudonyme de Saïd Lamri, un article dénonçant l'« escroquerie » au lieu saint de La Mecque.

Après la mort de son père, survenue en 1950, Kateb Yacine devient docker à Alger, en 1952. Puis il s'installe à Paris jusqu'en 1959, où il travaille avec Malek Haddad, se lie avec M'hamed Issiakhem et, en 1954, s'entretient longuement avec Bertolt Brecht. En 1954 la revue Esprit publie « Le cadavre encerclé » qui est mis en scène par Jean-Marie Serreau mais interdit en France. Nedjma paraît en 1956 (et Kateb se souviendra de la réflexion d'un lecteur : C'est trop compliqué, ça. En Algérie vous avez de si jolis moutons, pourquoi vous ne parlez pas de moutons ?). Durant la guerre de libération, Kateb Yacine, harcelé par la Direction de la surveillance du territoire, connaît une longue errance, invité comme écrivain ou subsistant à l'aide d'éventuels petits métiers, en France, Belgique, Allemagne, Italie, Yougoslavie et Union soviétique.

En 1962, après un séjour au Caire, Kateb Yacine est de retour en Algérie peu après les fêtes de l'Indépendance, reprend sa collaboration à Alger républicain, mais effectue entre 1963 et 1967 de nombreux séjours à Moscou, en Allemagne et en France tandis que La femme sauvage, qu'il écrit entre 1954 et 1959, est représentée à Paris en 1963, Les Ancêtres redoublent de férocité en 1967, La Poudre d'intelligence en 1968 (en arabe dialectal à Alger en 1969). Il publie en 1964 dans "Alger républicain" six textes sur "Nos frères les Indiens" et raconte dans "Jeune Afrique" sa rencontre avec Jean-Paul Sartre, tandis que sa mère est internée à l'hôpital psychiatrique de Blida (« La Rose de Blida », dans Révolution Africaine, juillet 1965). En 1967 il part au Viêt Nam, abandonne complètement la forme romanesque et écrit L'homme aux sandales de caoutchouc, pièce publiée, représentée et traduite en arabe en 1970. La même année, s'établissant plus durablement en Algérie et se refusant à écrire en français, Kateb commence, « grand tournant », à travailler à l'élaboration d'un théâtre populaire, épique et satirique, joué en arabe dialectal. Débutant avec la troupe du Théâtre de la Mer à Kouba en 1971, prise en charge par le ministère du Travail et des Affaires sociales, Kateb parcourt avec elle pendant cinq ans toute l'Algérie devant un public d'ouvriers, de paysans et d'étudiants. Ses principaux spectacles ont pour titres Mohamed prends ta valise (1971), La Voix des femmes (1972), La Guerre de deux mille ans (1974) (où reapparaît l'héroïne ancestrale Kahena) (1974), Le Roi de l'Ouest (1975) [contre Hassan II], Palestine trahie (1977). Entre 1972 et 1975 Kateb accompagne les tournées de Mohamed prends ta valise et de La Guerre de deux mille ans en France et en RDA. Au retour de la tournée en France le groupe est délocalisé de Kouba à Bab-El-Oued .Et par la suite « exilé » en 1978 par le pouvoir algérien à Sidi-Bel-Abbès pour diriger le théâtre régional de la ville. Interdit d'antenne à la télévision, il donne ses pièces dans les établissements scolaires ou les entreprises. Ses évocations de la souche berbère et de la langue tamazirt, ses positions libertaires, notamment en faveur de l'égalité de la femme et de l'homme, contre le retour au port du voile, lui valent de nombreuses critiques. En 1986 Kateb Yacine livre un extrait d'une pièce sur Nelson Mandela, et reçoit en 1987 en France le Grand prix national des Lettres. En 1988 le festival d'Avignon crée Le Bourgeois sans culotte ou le spectre du parc Monceau écrit à la demande du Centre culturel d'Arras pour le bicentenaire de la Révolution française (sur Robespierre). Il s'installe à Vercheny (Drôme) et fait un voyage aux États-Unis mais continue à faire de fréquents séjours en Algérie. Sa mort laisse inachevée une œuvre sur les émeutes algériennes d'octobre 1988. En 2003 son œuvre est inscrite au programme de la Comédie-Française.

Instruit dans la langue du colonisateur, Kateb Yacine considérait la langue française comme le « butin de guerre » des Algériens. « La francophonie est une machine politique néocoloniale, qui ne fait que perpétuer notre aliénation, mais l'usage de la langue française ne signifie pas qu'on soit l'agent d'une puissance étrangère, et j'écris en français pour dire aux Français que je ne suis pas Français », déclarait-il en 1966. Devenu trilingue, Kateb Yacine a également écrit et supervisé la traduction de ses textes en berbère. Son œuvre traduit la quête d'identité d'un pays aux multiples cultures et les aspirations d'un peuple.

Kateb Yacine est le père de Nadia, Hans et Amazigh Kateb, leader et chanteur du groupe Gnawa Diffusion, depuis 2009 producteur en nom propre de ses albums

Article non signé dans la DDK du 24 juin 2010

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 13:15

Revenant en Algérie, l'auteur de NEDJMA - un des plus beaux chefs-d'œuvre de la littérature française - découvre qu'aux trois quarts analphabètes, les populations dont il voulait exprimer les souffrances et les espoirs ne pouvaient pas le lire.

Avec le concours d'Ali Zamoum et le soutien de Mohand Saïd Mazouzi alors ministre du Travail, Kateb Yacine fonda une compagnie théâtrale, qui prendra par la suite le nom d'"Action Culturelle des Travailleurs", et alla à la rencontre des gens.

« Il voulait, et c'était bien le motif primordial de son retour en Algérie, vivre dans la langue parlée et sans cesse évolutive de son peuple. Il voulait s'adresser à l'Algérie dans la langue parlée, l'arabe populaire. C'est ce qu'il a fait. »[i]

Nous sommes au tournant des années 1970.

Aux origines du théâtre algérien

Kateb Yacine relançait ainsi une tradition qui remontait aux années 1920-1930.

La culture du spectacle existe dans notre pays depuis des temps immémoriaux. Nos fêtes ont toujours été animées par des comédiens improvisant des scènes où se mêlaient chants, poésies, représentations théâtrales et percussions berbéro-africaines. Enrichies de culture arabo-musulmanes, des troupes sillonnaient le pays, y répandaient les musiques du terroir et la sagesse coutumière tout en pratiquant l'exorcisme. Des bardes, fort appréciés, portaient la bonne nouvelle de marché en marché ou  exécutaient des tours de magie. L'exercice de l'art divinatoire atteignit avec la Boqala un degré de raffinement exquis.

Dans les principales villes où s’installa la communauté européenne, et en vue de reproduire les modes de vie de la métropole, l'administration coloniale édifia des salles de spectacles à l'élégance somptueuse ; mais leur accès fut quasiment réservé à la minorité française - les Algériens étaient sujets de l'empire mais pas citoyens français -, les représentations s'y donnaient en français et leur contenu reproduisait, avec un certain décalage, la vie culturelle parisienne.

Le théâtre populaire algérien naquit en même temps que le mouvement national moderne et en réaction à l’exclusion des autochtones. En arabe maghrébin, les pièces s'appuyaient sur un riche patrimoine culturel local, essentiellement oral (contes, poésies, dictons, chansons). Elles fructifièrent ce patrimoine et l'organisèrent selon des techniques nouvelles que les auteurs découvraient au contact du théâtre européen. L'absence de soutien imposa aux différentes compagnies une sélection draconienne. Ne parvenaient à se maintenir que les plus talentueuses, capables de susciter l'émotion et le rire jusqu'à l'hilarité mais aussi, déjà, de faire passer le message libérateur sans éveiller les soupçons et la censure de l'administration. Car dès ses débuts, le théâtre populaire algérien fut un théâtre engagé. D’abord moralisatrice, sa vocation devint de plus en plus politique avec le mûrissement du projet d'indépendance. Des noms illustres continuent d'habiter la mémoire collective tels Chebbah el Mekki, Mahiedine Bachtarzi, Allalou et autre Bachdjarah. L'engouement des spectateurs fut immédiat et ne fléchit pratiquement jamais.

Avec l'indépendance et tout au long des années soixante, le théâtre algérien semble avoir connu un déclin sinon un discrédit. Certes, des compagnies existaient  - qui peut oublier la haute stature de Mustapha Kateb ? -  qui portèrent dans bien des pays le message de l'Etat algérien naissant. Le poids du nationalisme triomphant avait cependant émoussé la verve de très grands talents et tari la veine critique qui faisait leur succès. La plupart des troupes dépendaient financièrement de l'administration ; celle-ci limita leur liberté de création et encouragea la médiocrité et les discours qui encensaient le pouvoir.

Kateb Yacine et le nouveau théâtre

Le retour de Yacine au pays fut à l'origine d'un merveilleux renouveau du théâtre populaire. Le grand écrivain et dramaturge présentera tout au long des années soixante-dix et quatre-vingt des pièces célèbres telles que « Mohamed prends ta valise »,  « Palestine trahie », « Le Roi de l'Ouest » et surtout  « La Guerre de 2000 ans ». Cette dernière était une fresque monumentale qui retraçait l'histoire de l'Algérie depuis l'épopée de Jughurtha[ii]résistant aux Romains jusqu'à l'indépendance du pays, en passant par les conquêtes arabo-islamiques et françaises. Il me vient à l’esprit cette repartie, on ne peut plus impertinente dans l'Algérie des années soixante-dix, exprimée à peu près en ces termes. Il s’agit d’un dialogue entre la Kahina, prêtresse berbère, et Okba, chef de l'armée arabo-musulmane conquérante :

Okba : - Nous sommes venus sauver vos âmes et vous apporter les lumières de la science.

La Kahina : - Que ne le dites-vous avec des livres au lieu des sabres, du feu et du sang !

Pour la première fois depuis 1962 était affirmée publiquement - et par un Algérien qui ne parlait pas tamazight - la dimension berbère du pays. Les autorités ne tardèrent pas à réagir : ne pouvant le jeter en prison - Kateb Yacine était trop connu -; elles lui interdirent toute expression publique. Peu importe, les pièces de Yacine parlaient pour lui.

Admirateur de Bertolt Brecht, Kateb Yacine utilisait des décors réduits au minimum ; l’Action Culturelle des Travailleurs captait l'attention d’abord par le jeu des acteurs puis par le contenu et la forme du discours. Elle brisait les tabous.  Des femmes  - je pense à la divine Fadhila jouant le rôle de La Kahina - s'imposaient autrement que comme objet de plaisir. Des réalités tues, interdites, réprimées étaient mises en évidence par des allusions que les spectateurs saisissaient immédiatement, par des signes ou des symboles innocents que le simple paysan comprenait, par des complicités entre acteurs et spectateurs qui irritaient les représentants de l'administration.  Des mots crus, qui ne sacrifiaient pas à la pudeur - quel sacrilège ! - étaient formulés de manière si naturelle que tout le monde s'esclaffaient.  Quittant les décors feutrés des Maisons de la culture, la troupe de Kateb Yacine visita les villages et les usines, les casernes de l'armée, les foyers Sonacotra en France, les camps de réfugiés Sahraoui. Partout, elle procurait le plaisir d'une soirée agréable et la chance d'aller plus loin dans notre compréhension de la vie.

Un engouement pour le théâtre en résulta rapidement parmi les jeunes. A la fin des années soixante-dix nous pouvions dénombrer, dans la seule ville de Constantine, plusieurs dizaines de compagnies amateurs. Pratiquement chaque département avait sa troupe officielle, le Théâtre Régional, et un nombre souvent élevé, de troupes amateurs "engagées". Elles racontaient, avec des mots que les gens comprenaient, le bonheur d'être en vie et les difficultés de l'existence, la volonté de construire des lendemains meilleurs, la nécessité pour être soi-même humain de tendre la main à l'autre, à celui qui souffre ou qui est différent.  Dans un pays où la culture de l'écrit était encore balbutiante, le théâtre devint, avec la chanson, le vecteur le plus important de l'expression culturelle. Un petit clin d'œil, ici, à la troupe Debza, avec Selim, Titif et surtout l'infatigable comédien Merzouk. Formée d'étudiants et jeunes chômeurs qui vouaient une admiration sans bornes à  Yacine, Debza fut, dans les années 1980, un des nombreux foyers d'où fusa la culture démocratique. L'engagement de la plupart de ses comédiens lors du Printemps berbère les avait conduits en prison et à la torture.

L'innovation théâtrale chez Abdelkader Alloula

Dans ce foisonnement de l'expression théâtrale naquit un souci de recherche esthétique. Abdelkader Alloula travailla à la fusion entre la représentation ancestrale et les règles modernes de la communication. Il s'inspira de la Halqa (étymologiquement : cercle) et du Meddah (troubadour) et fit sortir le théâtre dans la rue et les places publiques. Le Meddah est un conteur de sagesse populaire qui, sur les places de marchés, dit les maux de la société tout en distrayant les auditeurs-spectateurs. Les gens qui l'écoutent forment un cercle (Halqa) autour du barde. 

« -Pourquoi ne nous inspirerions-nous pas de ce modèle ? demanda Alloula à ses camarades du Théâtre Régional d'Oran. Si le petit peuple ne vient pas suffisamment au théâtre, pourquoi le théâtre n'irait-il pas auprès de lui ? »

La scène est maintenant quasiment dépouillée. Nous sommes au centre d'un grand Souk oranais. Le défi du petit groupe d'acteurs que réussit à convaincre Abdelkader est de retenir l'attention des passants et surtout de les tenir en haleine le temps de la représentation. La troupe est entourée d'une foule de badauds qui devient vite public discipliné disciplinant les nouveaux spectateurs. Ciselant les mots comme  les meddah d'antan, Alloula et ses amis créèrent des bouquets odorants, des flèches incisives, de joyeux mimes. Ces mots étaient souvent chantés : des airs démodés retrouvaient subitement une nouvelle jeunesse. Ils accompagnaient le geste ; tous les gestes participaient à la communication, contribuaient à l'élaboration du sens. Sans arrière-scène pour reprendre le souffle, les acteurs changaient de costumes - et de personnages - sous les yeux du public, alors que continuait le spectacle, en intégrant ces actions dans le cours même du spectacle....

Le grand talent de Alloula est reconnu bien au-delà des frontières algériennes comme en témoignent les multiples prix qu'il obtint. Je m'interroge cependant : un tel génie aurait-il pu s'imposer si facilement sans l'incomparable Sirat Boumédiène, homme d'une bonté sans limite et comédien hors pair ? Tout comme pour Fadhila, sublime incarnation de la Kahina au théâtre de Sidi Bel Abbès, le Prix qu'il obtint en 1985 au festival de Carthage (Tunisie) fut une consécration.

Le succès rencontré par le modèle de la Halaqa fit du Théâtre régional d'Oran une école. Des dizaines de petites compagnies choisirent de transporter les tréteaux dans la rue pour « rencontrer les gens ». Alloula, également président d'une association de soutien aux enfants cancéreux, consacra une grande partie de son temps à donner des conseils aux nouvelles troupes fusant de partout.

Le théâtre fusionnait avec la vie, s'installait sur la place publique, se transportait dans les villages reculés. Porté par un réseau associatif souple, souvent informel, il devint un des supports principaux du vaste mouvement culturel démocratique qui se développa dans les années soixante-dix. Pour l'endiguer, les autorités tentèrent d'imposer l'arabe classique comme langue d'expression obligatoire et cherchèrent à l’expurger de sa dimension critique. Elles réservèrent leurs subventions à des compagnies conventionnelles qui n'avaient aucun talent. Le public ne s'y trompa pas, il se détourna du théâtre à la solde du pouvoir et défendit le théâtre populaire. Les troupes engagées devinrent des viviers de jeunes talents, des écoles d'éducation aux idéaux d'humanisme, de démocratie et de progrès pour tous. Des rencontres annuelles avaient lieu à Mostaganem pour faire le point et ouvrir de nouveaux horizons.

L'intégrisme contre le théâtre

Un éceuil plus redoutable que les tracasseries de l'administration finit par avoir raison du théâtre populaire. Cet art est pour l'intégrisme islamique l'une des plus radicales manifestations du mal. Concurrent direct de la mosquée - les jeunes qui allaient au théâtre prenaient vite l'habitude de ne pas fréquenter les salles de prière -, il était un facteur de « dissolution des mœurs » : les gens du théâtre affirment  - et de quelle manière ! - que les femmes sont les égales de l'homme, que l'amour (quelle mécréance !) est beau et, comble de l’hérésie ! que la grossièreté du langage participe de son raffinement. Le théâtre populaire est surtout considéré comme un instrument de propagation des idées impies. Les gens du théâtre s’attaquaient sans merci  aux manipulateurs de la religion, mettaient en cause le caractère arabo-musulman de l'Algérie, parlaient de la lutte des classes, répandaient la notion de Droits humains qui fait de l'athée ou du juif l'égal du musulman... Tous  ces thèmes hérissaient les barbes des islamistes.

Je me souviens de l'une des premières agressions intégristes contre le théâtre populaire ; nous sommes en 1976. Nous avons invité Kateb Yacine à la cité universitaire de Ben Aknoun (Alger) pour une représentation de la pièce  "Mohamed Prends ta valise". La pièce traite des difficultés des émigrés victimes du racisme en France et, quand ils reviennent en Algérie, des archaïsmes locaux auxquels ils sont confrontés. Les intégristes font des sermons dans les mosquées où ils déforment le sens de la pièce qu'ils interprètent de la façon suivante : « Mohamed  - Prophète des musulmans - prends ta valise ! » Comprenez : l'islam doit partir d'Algérie. Ne croyez pas que les intégristes soient bêtes. La déformation, le mensonge et la calomnie sont leurs moyens privilégiés de propagande.

Des grandes villes du pays, par autobus et en voiture, par milliers les islamistes affluèrent vers la cité universitaire pour empêcher la représentation. Trop contentes de pouvoir donner une leçon à ces agitateurs qui croyaient avoir tous les droits, les autorités ne bougèrent pas pour défendre la liberté d'expression ou empêcher le recours à la violence dans une enceinte universitaire. A la dernière minute, Yacine proposa d'annuler le spectacle pour éviter un bain de sang.

Depuis, ce même scénario fut répété des centaines de fois.  Quand les démocrates n'avaient pas les forces nécessaires pour défendre, y compris par la violence, le déroulement d'un spectacle, les intégristes imposaient leur interdit. Dès l'annonce de la représentation, des sermons étaient lus dans les mosquées qui déformaient totalement son contenu. Les affiches étaient déchirées, une campagne de dénigrement contre la pièce et la compagnie était orchestrée. Le jour J, armés de gourdins et de chaînes à vélo, les miliciens intégristes arrivaient les premiers au rendez-vous dans le but d'empêcher la représentation. A chaque fois, la police était absente. Quand les démocrates étaient plus nombreux, les islamistes engageaient des discussions en petits groupes ; ils prétendaient défendre pacifiquement l'ordre moral, puis s'éclipsaient sans voir la pièce. Quand le rapport des forces leur paraissait favorable, ils intervenaient brutalement et imposaient leur loi  - c'est cela la chari'a ! Ils n'hésitaient pas à envoyer à l'hôpital les organisateurs ou les comédiens qui osaient protester.

Collusion entre le pouvoir et les islamistes

Après 1979 et la venue de Monsieur Bendjedid à la tête de l'Etat la collusion entre les groupes islamistes et le pouvoir devint manifeste. Le compromis était transparent : les intégristes procuraient au pouvoir la paix sociale en réduisant au silence les mouchaouichines[iii]. En contrepartie, ils étaient autorisés à occuper l'espace politico-culturel ainsi libéré. Dans les quartiers populaires des grandes villes, ils exerçaient une pression insupportable sur les comédiens et les animateurs du théâtre amateur et professionnel. Les dénigrements, les menaces répétées, les agressions physiques, tout était bon pour dissuader les jeunes de faire du théâtre ou d’assister aux représentations. La violence morale et physique finit par disloquer les réseaux patiemment tissés à travers le pays entre les différentes compagnies et imposer le silence à ce mode d'expression des maux et espoirs des populations. Sans que les médias n'en dirent un mot, l'intégrisme assassinait le théâtre populaire avec la complicité de l'Etat. A la fin des années quatre-vingt, il ne restait quasiment aucune troupe de théâtre amateur à Constantine. Qui comprenait, en ces temps-là, que c'était l'espoir d'une Algérie pouvant faire face aux difficultés à venir que l'on assassinait ?

Ne résistèrent encore quelques années que les plus acharnés défenseurs du théâtre engagé :  Alloula à Oran, le Théâtre de Constantine, des troupes mobiles comme l'inoubliable duo Slimane Ben Aissa - Sid Ahmed Agoumi qui remporta un grand succès avec "Boualem Zid El Goudam"[iv] et autant avec "Babour Ghraq"[v]ou encore la troupe nomade de Azzedine Medjoubi, El Kalaa[vi][vi]qui porta jusqu'au début des années quatre-vingt-dix, et aux quatre coins d'Algérie, un message de liberté. Sa représentation de Hafila Tassir[vii]valut à  Azzedine une condamnation à mort par les tribunaux islamiques clandestins.

Epilogue

L'histoire s'achève brutalement dans la première moitié des années quatre-vingt-dix. Kateb Yacine décède en automne 1989. Abdelkader Alloula fut mortellement blessé par un commando islamiste le 10 mars 1994 ; après une semaine dans le coma et malgré le formidable élan de solidarité internationale, il expira dans un hôpital parisien. Un an plus tard, le 20 août 1995, c'est au tour de Sirat Boumediène de s'éteindre dans l'anonymat, laissant une famille nombreuse dans le dénuement.  La sentence prononcée par les tribunaux islamiques contre Azzedine Medjoubi sera exécutée le 13 février 1995 à l'entrée du Théâtre National Algérien dont il avait accepté de prendre la direction pour lui éviter la fermeture. Ses enfants et sa femme, également grande comédienne, vivent en exil à Paris, sans travail ni ressources. La troupe Debza n'existe plus : Merzouk est quelque part à Alger ; Salim s'est retiré à Sétif, Titif serait en France. Dans l'exil Slimane Benaïssa et Sid Ahmed Agoumi, les derniers géants d'une époque révolue, renouent avec les planches. Au pays, une nouvelle génération de compagnies théâtrales parvient difficilement à prendre la relève. Gens du Théâtre, vous restez les éternels semeurs des graines de l'espérance !



[i]Alain Olivier, "Nos aventures n'ont pas de fin" In Revue Europe, Avril 1998.

[ii] Jughurtha (160-104 av.JC) : Prince berbère opposé à l'Empire romain finit par être arrêté suite à la trahison de son cousin Bocchus. Conduit à Rome, il aurait été livré aux lions.

[iii] Agitateurs

[iv]Va de l'Avant, Boualem !

[v]Le navire coule !

[vi] La citadelle.

[vii]Le voleur d'autobus

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